EUCHARISTIE, THÉOLOGIE ET LITURGIE - Hozana

EUCHARISTIE, THÉOLOGIE ET LITURGIE

EUCHARISTIE, THÉOLOGIE ET LITURGIE

Eucharistie, théologie et liturgie

Nous abordons un sujet sensible : Qu’en est-il de l’influence de la « Nouvelle Théologie » sur la Liturgie ?

Nouvelle Théologie et rénovation de la Liturgie me semblent liées. Même si l’individualisme donc le père De Lubac dénonce l’impérialisme, procède d’abord d’une attitude intérieure - Nous pouvons avoir une excellente théologie de l’Église et un comportement parfaitement inadapté en matière de liturgie - il ne me semble pas faux cependant de dire que cet individualisme a pesé dans la pratique liturgique préconciliaire et que nous n’en sommes pas à l’abri aujourd’hui non plus.

Expliquons-nous : la collectivité avait perdu sa véritable place dans l’ordre surnaturel comme dans l’ordre naturel. Comparons, sans caricaturer ni risquer de blesser qui que ce soit l’un et l’autre usage liturgique.

L’ancienne liturgie de la messe (aujourd’hui forme extraordinaire de l’unique rite romain), unissant dans un même mouvement le Pontife et le Peuple vers Dieu, entachée d’individualisme peut, comme on a pu le voir, laisser le prêtre procéder à l’Acte liturgique par excellence qu’est la célébration du Saint Sacrifice, pendant que les assistants sont occupés à leurs dévotions personnelles. Et qu’advient-il alors de la perception du mystère de l’Église comme Corps du Christ, lequel se définit justement par rapport à l’Eucharistie, Source et sommet de la vie chrétienne(Lumen Gentium 11). Cet individualisme rampant s’introduit même dans le lieu saint où se célèbre la communion des fidèles avec Dieu et les uns avec les autres. Et la Communion des saints demeure une réalité abstraite, alors qu’il s’agit peut-être du plus beau nom de l’Église. Et l’on sait que dans la tradition biblique, le nom désigne une chose, un être, une personne, -et l’Église est une personne- dans sa nature même, dans sa vocation. L’Église est un corps vivant, non un distributeur de grâce. Son nom qui vient du grec « Ecclésia » signifie l’Assemblée.

De même, la forme ordinaire du rite romain (Missel du bienheureux Paul VI), fondée sur une théologie de la participation et conçue comme un dialogue entre le Seigneur et son peuple, son épouse, peut être aussi déviée. Si l’on en vient à une sorte d’auto célébration de l’assemblée. On n’est plus alors ensemble face à Dieu ou Dieu face à son peuple. Mais face au peuple ou dos au peuple et Dieu est rejeté en périphérie des esprits et des cœurs. L’assemblée est alors au centre, non de l’attention divine mais de la sienne propre, et l’Autel vers qui tout doit converger est occulté. Comme si, au fond, ce qui met en communion les individus, les personnes et les constituent comme corps était devenu un obstacle. Mais un obstacle à quoi ? À l’individualisme ? Oui, mais encore à l’esprit du consumérisme et, à la confusion qui voudrait se substituer à une véritable spiritualité de communion, telle que la décrit saint Jean-Paul II dans son Encyclique « En entrant dans le nouveau millénaire ». Aujourd’hui plus encore qu’au moment de Vatican II, il est urgent de remettre Dieu au cœur des personnes, au cœur de nos vies et de nos assemblées liturgique. C’est pourquoi, nous devons saluer la réforme de la Réforme, entreprise par Benoît XVI, et dont l’acte le plus significatif est d’avoir libéré  la messe de saint Pie V.

 

De l’usage de communier dans la main

Vient spontanément une autre question, vivement disputée : celle de la communion dans la main.

Très souvent, la communion dans la main est associée à la Réforme liturgique de Vatican II. Mais le Saint Concile, par un vote majoritaire des évêques a rejeté cet usage. Les sources sont historiques. Et il s'agit d'une décision conciliaire ! Voyons un autre fait maintenant :

Dans l’Instruction de la Sacrée Congrégation pour le Culte divin, du 29 mai 1969 (Documentation catholique du 20 juillet 1969), il est expliqué que par la suite un petit nombre d’évêques ayant exprimé le désir que soit admise la communion dans la main, Paul VI interrogea tous les évêques dont le quart seulement approuva ce projet. À la suite de quoi, « Le Souverain Pontife n’a pas pensé devoir changer la façon traditionnelle de distribuer la Sainte Communion... Aussi, le Saint-Siège exhorte-t-il vivement à respecter la loi toujours en vigueur et qui se trouve confirmée à nouveau ». « Cependant, là où s’est introduit un usage nouveau (par une désobéissance sacrilège, remarquons-le), le Saint-Siège autorise... que la communion soit distribuée dans la main dans certains pays, ».  Tergiversations, ambivalences, manque de courage et de fermeté, menées maçonniques ? … Dieu seul le sait. À cette époque, en tout cas, les abus et les sacrilèges se multiplient. Le catholicisme prend des allures de protestantisme déguisé, mais pas moins profanateur : messes célébrées en civil, en dehors des lieux consacrés, sur des tréteaux en guise d’autel, accompagnée à la guitare, en mode Hippie, les Saintes Espèces passant de mains en mains. 

Saint Jean-Paul II, lors de son premier voyage en France, a refusé de donner la communion dans la main, y compris à l’épouse du chef de l’État. Cette pratique est interdite à Rome. La communion dans la main, n'était pratiquée que dans les cas d'extrême nécessité, durant les périodes de persécutions, ou en l'absence de prêtres, les fidèles étaient autorisés à touchaient les saintes espèces et à se donner la Sainte Communion. Les Moines du Désert, ne bénéficiant pas toujours des services d'un prêtre, étaient quelques fois autorisés à faire de même, plutôt que de ne point recevoir le Sacrement. Saint Grégoire le Grand et Saint Basile témoignent au quatrième et cinquième siècle, du fait que la Communion était déjà habituellement déposée dans la bouche des fidèles.

Saint Thomas d'Aquin, Somme théologique IIIa Pars, nous rappelle que la révérence exige que seul ce qui a été consacré, puisse toucher le Saint Sacrement. Par le Baptême, le chrétien a été consacré pour recevoir le Seigneur dans la sainte communion, mais non pour distribuer l'hostie consacrée aux autres ou la toucher inutilement. Toucher les espèces consacrées et les distribuer de ses propres mains et un privilège réservé aux ministres ordonnés, un privilège qui indique une participation active dans le ministère de l'Eucharistie (Dominicae Cenae, 11).

La dispensation du corps du Christ appartient au prêtre pour trois motifs.

  • Parce que, nous l'avons dit, c'est lui qui consacre en tenant la place du Christ. Or, c'est le Christ lui-même, comme il a consacré son corps à la Cène, qui l'a donné aux autres à manger. Donc, de même que la consécration du corps du Christ appartient au prêtre, de même c'est à lui qu'en appartient la dispensation.
  • Parce que le prêtre est établi intermédiaire entre Dieu et le peuple. Par conséquent, de même que c'est à lui qu'il appartient d'offrir à Dieu les dons du peuple, de même c'est à lui qu'il appartient de donner au peuple les dons sanctifiés par Dieu.
  • Parce que, par respect pour ce sacrement, il n'est touché par rien qui ne soit consacré : c'est pourquoi le corporal et le calice sont consacrés, et semblablement les mains du prêtre sont consacrées pour toucher ce sacrement. Aussi personne d'autre n'a le droit de le toucher, sinon en cas de nécessité, par exemple si le sacrement tombait à terre, ou dans un autre cas de nécessité .

Il est triste (et c'est peu dire) de voir avec quelle légèreté le Corps du Christ peut être reçu. Sans un geste préalable d'adoration et de vénération. Comme un pain ordinaire ! On l'attrape et le tourne en tout sens, avant de le porter à sa bouche, plus qu'on ne le reçoit. Qu'en est-il de la catéchèse qui doit normalement accompagné cet usage, là où il est admis ? Qu'en est-il de notre foi en la présence réelle et de l'esprit d'adoration dont nous devrions être pénétrés devant le Mystère d'un Dieu si grand et qui s'abaisse à ce point par amour ? Croyons-nous vraiment ce que nous enseigne la Foi de l'Église reçue des Apôtres ? (Après la Consécration, le pain et le vin ne sont plus du pain et du vin. Mais le Corps et le Sang du Seigneur). C'est le Concile de Trente qui a énoncé en cette matière ce que nous devons croire, en se fondant sur l'Evangile et la Tradition constante de l'Eglise : « Le Concile affirme ouvertement et sans détour que, dans le vénérable sacrement de la sainte Eucharistie, après la consécration du pain et du vin, Notre-Seigneur Jésus-Christ, vrai Dieu et vrai homme, est présent vraiment, réellement et substantiellement sous l'apparence de ces réalités sensibles. »

Benoît XVI dans son exhortation apostolique, Sacrementum Caritatis, rappelle que la manière traditionnelle de communier, est de recevoir le Très Saint Corps du Seigneur à genoux et sur la langue.

Jean Paul II, dans la Cène du Seigneur,met en rapport le lien étroit qui existe entre l'Eucharistie et la Réconciliation sacramentelle ou Confession: « Ce n'est pas seulement la pénitence qui conduit à l'Eucharistie, mais c'est aussi l'Eucharistie qui mène à la pénitence. Lorsque, en effet, nous réalisons qui est Celui que nous recevons dans la communion eucharistique, naît en nous presque spontanément un sentiment d'indignité, accompagné du regret de nos péchés et du besoin intérieur de nous purifier. Nous devons cependant toujours veiller à ce que cette grande rencontre avec le Christ dans l'Eucharistie ne devienne pas pour nous un fait routinier, et à ne pas le recevoir indignement, c'est-à-dire en état de péché mortel ».

Ce phénomène exige de notre part une attention vigilante et une analyse théologique et pastorale, guidée par le sens d'une très haute responsabilité. Nous ne pouvons pas permettre que dans la vie de nos communautés se perde ce bien qui est la sensibilité de la conscience chrétienne, à la seule lumière du Christ qui, reçu dans l'Eucharistie, doit trouver dans le cœur de chacun de nous une digne demeure. Ce problème est étroitement lié non seulement à la pratique du sacrement de pénitence, mais aussi au juste sens des responsabilités en face du dépôt de toute la doctrine morale et en face de la distinction précise entre le bien et le mal, laquelle devient ensuite, pour chacun des participants à l'Eucharistie, la base d'un jugement de conscience droit sur eux-mêmes. Sont bien connues les paroles de saint Paul: « Que tout homme s'éprouve lui-même » (I Cor. 11, 28); un tel jugement est la condition indispensable d'une décision personnelle, dans le but de s'approcher de la communion eucharistique ou de s'en abstenir .

La perte du sens de Dieu, la perte du sens du Sacré et perte du sens du bien et du mal qui en résultent sont au cœur du problème. Au sujet de la perte du sens du sacré qui affecte la sainte liturgie et risque d'en détruire complètement le sens, Jean-Paul II écrit au numéro 8: « Le mystère eucharistique, s'il est disjoint de sa nature sacrificielle et sacramentelle, cesse tout simplement d'être tel. Il n'admet aucune imitation "profane" qui deviendrait très facilement (même si ce n'est pas une règle absolue) une profanation. Il faut le rappeler toujours, surtout peut-être à notre époque où l'on observe une tendance à effacer la distinction entre sacrum et profanum, vu la tendance générale diffuse (au moins en certains lieux) à la désacralisation de toute chose ».

« De ce fait, l'Église a le devoir particulier d'assurer et de confirmer le sacrum (le caractère sacré) de l'Eucharistie ».

Concernant la communion dans la main, permise en certains endroits par le Siège apostolique, à la demande de conférences épiscopales de ces pays, « il arrive d'entendre parler de regrettables manques de respect à l'égard des espèces eucharistiques; ces manques de respect ne retombent pas seulement sur les personnes coupables d'un tel comportement, mais aussi sur les pasteurs de l'Église qui auraient été moins vigilants sur l'attitude des fidèles envers l'Eucharistie.Il advient même, parfois, que l'on ne tienne pas compte du libre choix et de la libre volonté de ceux qui, là où a été autorisée aussi la distribution de la communion dans la main, préfèrent s'en tenir à l'usage de la recevoir dans la bouche...»

« Toucher les saintes espèces, les distribuer de ses mains, est un privilège des personnes ordonnées, qui indique une participation active au ministère de l'Eucharistie. Il ne fait aucun doute que l'Église peut concéder cette faculté à des personnes qui ne sont ni prêtres, ni diacres... pour une juste nécessité et toujours après une préparation adéquate ».

Il est beau et réconfortant en revanche, de voir tout le renouveau eucharistique des années qui ont vu, la réapparition de la communion dans la main, sans pour autant être lié à cette pratique. Mais plutôt comme pour rappeler aux fidèles, le sens de l'adoration et la grandeur du Mystère auquel ils ont part dans le Sacrement du Corps et du Sang du Seigneur.

L'adoration est la clef. La perte du sens de l'adoration, qui peut-être à l'origine de la demande d'un retour à la communion debout et dans la main, et qui souvent en résulte est le nœud du problème. C'est ce que disait déjà saint Augustin, nul ne peut recevoir le Corps du Seigneur, sans d'abord l'adorer.

Dans le Coeur de Jésus 80168-eucharistie-theologie-et-liturgie

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

12 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

GJ
GJ place Metz, il y a 23 jours
"Nul ne peut recevoir le Corps du Seigneur, sans d'abord l'adorer." Amen, amen !
Joanne-Marie mcj
Joanne-Marie mcj place Saguenay, il y a 23 jours
Amen
Pierrette
Pierrette place Pleslin-Trigavou, il y a 23 jours
Nous t'adorons et nous te bénissons, Ô très saint Seigneur Jésus Christ, ici et dans toutes les églises du monde entier. Nous te remercions d'avoir racheté le monde par ta sainte Croix.
Joanne-Marie mcj
Joanne-Marie mcj place Saguenay, il y a 23 jours
Amen
Marie-Anne
Marie-Anne place Pays de la Loire, il y a 23 jours
MERCI Joanne-Marie. Je dois bien avouer être "perdue" entre TOUT. Sentiment de plus en plus de me perdre dans les "couloirs" ou les "coulisses" de l'Eglise catholique. Ce qui est autorisé par l'un est interdit par l'autre. Le "Sacré" prend des drôles d'allures, totalement bâclé, occulté même, parfois...tout dépend du prêtre, de la paroisse, du diocèse, et pour peu que certains laïcs s'en mêlent, le "cocktail" peut être explosif et c'est la partie "adverse" qui gagne la "bataille". On se débat là dedans comme on peut pour garder la tête hors de l'eau… sans trop savoir, ni trop comprendre… en tentant de "sauver sa peau"! Souci… on ne trouve pas sa place.. parce que Dieu n'est pas, n'est plus à SA Vraie Place.. Les hommes se LE sont appropriés, à leur guise, à leur aise et ont fait de LUI leur "dieu" personnel, comme ça les arrange, suivant les temps qui courent. Chacun écrit sa bible personnelle.. Alors oui je suis "perdue" dans cette forme d'Eglise qui propose TOUT et n'importe quoi suivant les goûts et les couleurs des uns et des autres. Puis c'est au troupeau extérieur auquel je pense, à la brebis perdue.. qu'il faut tenter de retrouver, d'approcher, de rassurer et de ramener à l'abri. Comment s'y prendre? Quand on sait que déjà le loup a mis le feu à la bergerie... Prions plus que jamais pour accueillir de "bons bergers", ceux qui nous enseignent LA "voie" à suivre, LA "voix" à entendre. Prions pour que notre Eglise soit DIGNE du Christ et que chacune, que chacun incarne ce qu'il doit être en Vérité, un Disciple de Jésus. Bien en union avec cette communauté.
Joanne-Marie mcj
Joanne-Marie mcj place Saguenay, il y a 23 jours
Je vous comprends... Le loups dans la bergerie s'en donne à à coeur joie !! Profitons-en pour demeurer bien collé à la Source qui nous nourrit : Jésus notre Sauveur ! Et peu importe ce que les autres disent où pensent... c'est de notre salut dont il est question ! Bien en UDP avec vous !!
Jean André
Jean André  il y a 23 jours
Je pense que nous les Catholiques, nous ne donnons pas la valeur du catholicisme; donc nous ne mettons pas exactement en place la valeur du Sacrement. La Communion est un Sacrément et non pas une simple invitation à un restaurant (comme ce que croit les protestants). On doit toujours garder notre foi que l'hostie n'est pas un simple petit pain mais c'est le "Corps et le Sang du Christ". Donc il faut bien respecter cela.
Joanne-Marie mcj
Joanne-Marie mcj place Saguenay, il y a 23 jours
Amen
Dany
Dany place Paris, il y a 23 jours
Nul ne peut recevoir le Corps du Seigneur, sans d'abord l'adorer. (Et encore moins dans la main, merci pour ce rappel !) Nous t'adorons et nous te bénissons, Ô très saint Seigneur Jésus Christ, ici et dans toutes les églises du monde entier. Nous te remercions d'avoir racheté le monde par ta sainte Croix.
Joanne-Marie mcj
Joanne-Marie mcj place Saguenay, il y a 23 jours
Amen
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