Sainte Elisabeth de la Trinité - Chapitre 2 - Hozana

Sainte Elisabeth de la Trinité - Chapitre 2

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Le Carmel de Dijon ouvre ses portes à Elisabeth Catez le 2 août 1901. Le début du noviciat de la future carmélite est heureux, elle y reçoit des grâces sensibles et se sent bien accueillie. Mais il lui reste des défauts à corriger, notamment sa trop grande sensibilité. Tandis qu’un soir, elle contemple les étoiles, Mère Germaine lui rappelle qu’on ne vient pas au Carmel pour rêver aux étoiles. « Allez à Lui par la foi » lui est-il conseillé.

A cette époque, toutes les sœurs se sentent menacées par le gouvernement anticlérical de M. Combes. Elles doivent demander une autorisation pour rester en leur couvent et comme celle-ci tarde à venir, elles songent à l’exil. Elisabeth est angoissée au point qu’elle demande à sa mère de lui faire parvenir un habit civil. Les choses finissent par s’arranger et la jeune sœur se prépare à sa profession temporaire.

 

Vient alors pour elle une période douloureuse où sa foi est mise à l’épreuve. Elle avait déjà connu, juste avant son entrée au couvent, ces moments où la grâce se retire. 1902 est pour elle une année de doutes, d’impuissance, de lassitude. Ce sont des périodes d’aridité et de sécheresse d’autant plus éprouvantes qu’elle a déjà expérimenté la surabondance des grâces mystiques. Elle se trouve donc d’autant plus désemparée qu’elles lui font désormais défaut. Pendant ce temps d’épreuve, elle lit les écrits de Catherine de Sienne. Elle découvre aussi ceux d’une jeune carmélite normande, décédée peu auparavant, Thérèse de Lisieux. Mais ce sont surtout Sainte Thérèse d’Avila et Saint Jean de la Croix qui vont inspirer sa spiritualité : « Voilà, dit Elisabeth, comment j’entends être « de la maison de Dieu » : c’est en vivant au sein de la tranquille Trinité en mon abîme intérieur, « en cette forteresse inexpugnable du saint recueillement » dont parle Saint Jean de la Croix. »

 

A la veille de sa profession perpétuelle, le 21 janvier 1903, elle doute encore. Un prêtre, Edmond Vergne, qu’on a fait venir au couvent, va dissiper son angoisse. Comme c’est la coutume au Carmel, elle passe en oraison la nuit qui précède ses vœux et la Lumière se fait en elle :

« Tandis que j’étais au chœur dans l’attente de l’Epoux, j’ai compris que mon ciel commençait sur la terre, le ciel dans la foi, avec la souffrance et l’immolation pour Celui que j’aime. »

 

Elisabeth comprend que c’est la foi qui donne Dieu. Une foi qui ne naît pas d’une émotion ni d’une révélation mais d’une volonté d’adhésion. A l’aube de trois années de vie contemplative, elle décrit sa démarche de foi : « Voilà la foi, la belle lumière de foi qui m’apparaît. C’est elle seule qui doit m’éclairer pour aller au-devant de l’Epoux. Je dois me plonger dans la ténèbre sacrée en faisant la nuit et le vide dans toutes mes puissances ; alors je rencontrerai mon Maître, et la lumière qui l’environne comme d’un vêtement m’enveloppera aussi, car Il veut que l’épouse soit lumineuse de sa lumière, de sa seule lumière, ayant la clarté de Dieu ». Plus tard, elle insistera sur cette adhésion, exclusive de toute pensée subjective : « Si vous saviez comme au Carmel on vit de la foi, comme l’imagination et le sentiment sont exclus de nos rapports avec Dieu. » Cette volonté est une parade contre les moments où la grâce fait défaut, où Dieu paraît absent : « Aux heures où vous ne sentirez que l’écrasement, la solitude, vous Lui plairez encore si vous êtes fidèle à croire qu’il opère encore, qu’Il vous aime quand même et plus même. » Cette foi voulue repose sur une immense confiance. Eh oui, il faut sauter dans l’inconnu : « Nous regardons trop en nous. Nous voudrions voir et comprendre, nous n’avons pas assez Confiance en Celui qui nous enveloppe de Sa Charité ». Dès lors que nous abdiquons pour nous donner en toute confiance au Créateur,  viennent l’extase et la joie : « Croire que Dieu nous aime au point d’habiter en nous, de se faire le Compagnon de notre exil, le Confident, l’Ami de tous les instants. Crois toujours à l’amour. Si tu as à souffrir, pense que tu es plus aimée encore et chante merci toujours ! »

 

Lors de sa profession temporaire, la jeune fille avait formulé le souhait de prendre le nom d’Elisabeth de Jésus. Or la Mère Supérieure, très inspirée, s’y était opposée et avait suggéré Elisabeth de la Trinité. Oh ! Combien ce nom de la toute jeune carmélite la conforme à la volonté des « Trois » comme elle les appellera familièrement de venir en elle et d’y établir leur demeure !

Car le principal message d’Elisabeth sera de révéler la présence de la Trinité en nous. Quelques mois après avoir prononcé ses vœux, elle écrira, lors de la fête de la Sainte Trinité, le 25 mai : « Cette fête des Trois est bien la mienne. C’est une fête de silence et d’adoration. Je n’ai jamais si bien compris le mystère et toute la vocation qu’il y a dans mon nom ! » Elisabeth ne va plus jamais cesser de nous dire comment elle vit avec la Trinité : « A tout instant du jour et de la nuit, les Trois personnes divines demeurent en toi. Tu ne possèdes pas la Sainte Humanité comme quand tu communies, mais la Divinité, cette essence que les Bienheureux adorent dans le ciel, elle est toute en ton âme ; alors quand on sait cela, c’est une intimité tout adorable. On n’est plus jamais seules. »

Elisabeth pressent souvent le don mystérieux et réciproque qui s’établit entre les Trois, Père, Fils et Saint-Esprit. Elle évoque, de manière saisissante, la venue de la Trinité dans l’Incarnation : « Je regarderai la Sainte Image et je m’unirai à l’âme de la Vierge alors que le Père la couvrait de son ombre, tandis que le Verbe s’incarnait en elle et que l’Esprit-Saint survenait pour opérer le grand mystère. C’est toute la Trinité qui est en action, qui se livre, qui se donne. »

Ces textes sublimes peuvent nous rendre sensible, au point de nous décourager, l’écart que nous constatons entre notre foi et celle, immense, de la Sainte. Elle nous invite pourtant sur le chemin et, même si nous balbutions en route, elle nous fait ressentir l’envie de partager tant de joie, de béatitude, de douceur. Son invite est d’autant plus pressante qu’Elle sait détenir la clef du bonheur, elle en a le secret et le proclame. Et déjà, elle entrevoit le Ciel : « Quand le voile tombera, avec quel bonheur je m’écoulerai jusque dans le secret de sa Face, et c’est là que je passerai mon éternité, au sein de cette Trinité qui fut déjà ma demeure ici-bas. »

 

Elisabeth va-t-elle se complaire dans ce bonheur loin du monde et de ses semblables ? Il n’en est rien. Derrière le mur de sa clôture, elle se préoccupe des gens de son entourage à qui elle écrit et qu’elle accompagne dans leurs angoisses et leurs difficultés. Au delà de ce premier cercle, elle prie pour le monde : « Je veux être apôtre avec vous dans la solitude du Carmel… prière irrésistible qui peut tout obtenir puisque c’est, pour ainsi dire, Dieu que l’on offre à Dieu. » La foi est, pour Elisabeth, une exigence d’engagement au service de ce monde. Elle écrit : « Le message chrétien ne détourne pas les hommes de la construction du monde et ne les incite pas à se désintéresser du sort de leurs semblables. Il leur en fait, au contraire, un devoir plus pressant. » Aussi sa prière englobe-t-elle le monde entier : « Il y a beaucoup à expier, beaucoup à demander et je crois que pour suffire à tant de besoins, il faut devenir une prière continuelle et aimer beaucoup. Elle est si grande, la puissance d’une âme livrée à l’amour. » Dans cette intimité de sa demeure avec Dieu, elle sait qu’elle se donne aussi au monde : « On dirait qu’Il n’a qu’à penser à moi, à n’aimer que moi tant Il se donne à mon âme mais c’est pour qu’à mon tour, je me livre à Lui pour son Eglise et tous ses intérêts ».

 

Consciente de son bonheur, « que je balaie, que je travaille ou que je sois à l’oraison, je trouve tout bon et délicieux puisque c’est mon Maître que je vois partout », Elisabeth aimerait le communiquer tout autour d’elle et elle analyse les obstacles qui nous empêchent de l’atteindre : « Ah ! Je voudrais pouvoir dire à toutes les âmes quelles sources de force, de paix et de bonheur elles trouveraient si elles consentaient à vivre en cette intimité. Seulement elles ne savent pas attendre… Si Dieu ne se donne pas d’une façon sensible, elles quittent Sa Sainte Présence et quand Il vient à elles, armé de tous ses dons, Il ne trouve personne, l’âme est au-dehors, dans les choses extérieures. Elle n’habite pas au fond d’elle-même. »

 

A la ressemblance d’Elisabeth, essayons de vivre cette intimité avec le Seigneur. Elle nous donne pour cela une recette qu’elle écrivit à l’intention d’une jeune amie : « Il faut que tu te bâtisses, comme moi, une petite cellule au-dedans de ton âme. Tu penseras que le Bon Dieu est là et tu y entreras de temps en temps… Il me semble que c’est un repos, un délassement ; on vient tout simplement à Celui qu’on aime… et on laisse aller son cœur. »

Seigneur, apprends-nous à prier, à t’attendre, à t’écouter en silence dans le secret de cette petite cellule intime de nous-mêmes, prête à T’accueillir. Et que la Vierge Marie aide notre âme à habiter ainsi au fond d’elle-même pour demeurer là, en Ta Présence.

 

Je vous salue, Marie…

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

9 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

Béatrice 🌹
Béatrice 🌹 place Durtal, il y a 6 mois
Soyez remercié pour ces Écrits d'une Sublime Beauté
GJ
GJ place Metz, il y a 6 mois
Merci pour ce merveilleux partage spirituel ! "A la ressemblance d'Elisabeth" ...... Amen, amen.
Béatrice 🌹
Béatrice 🌹 place Durtal, il y a 6 mois
Trinité Sainte que j'adore, Pacifiez mon âme, faites- en votre CIEL
Roseline
Roseline place Rivière-Salée, il y a 6 mois
Seigneur apprends moi à prier et à faire silence pour te contempler je veux demeurer en ta présence.amen
Marie-Thérèse
Marie-Thérèse place Quincy-Voisins, il y a 6 mois
En union de prières - Amen -
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