Homélie du 21 janvier 2018 - Hozana

Homélie du 21 janvier 2018

Homélie du 3ème dimanche TO année B – Avallon, 21 janvier 2018

(Jon 3,1-5; 1 Co 7,29-31; Mc 1,14-20)

Jonas, dont nous parle la première lecture, est le héros d’un petit bijou de la Bible, un livre d’à peine 4 pages en forme de conte, plein d’humour et riche d’enseignements pour nous. Transposons l’histoire dans le langage d’aujourd’hui: Jonas est un brave garçon qui mène une vie tranquille jusqu’au jour où, participant à un groupe de prière charismatique, il entend un appel à aller évangéliser l’Avallonnais, en commençant par Avallon, la grande ville païenne! Et voilà qu’il prend peur, car il se dit que c’est une mission impossible, surtout pour quelqu’un comme lui qui n’a jamais mis les pieds à Avallon...

Alors, lui qui habite Dijon, part à Clermont Ferrand et se fait embaucher chez Michelin, à l’instar du Jonas de la Bible qui s’enfuit sur un bateau d’où il sera jeté à la mer. Mais Dieu n’oublie pas, une baleine arrive opportunément pour l’avaler et le rejeter trois jours après sur le rivage d’où il était parti; quant à notre Jonas d’aujourd’hui, voilà qu’il est muté aux Pneus Laurent, à Avallon !

Alors lui, qui en a quand même été remué, se souvient de l’appel reçu, et il commence à parler de sa foi chrétienne et de l’Évangile à quelques jeunes qu’il a rencontré à l’Antirouille, un bistrot d’Avallon... Et voilà qu’à son grand étonnement, ça marche, ces jeunes changent de vie, abandonnent leurs mauvaises habitudes, se mettent au service des habitants de la Morlande, entraînent leurs copains et se mettent à vivre selon l’Évangile.

C’est cette conversion à laquelle nous avons assisté dans la première lecture, mais il reste encore à convertir Jonas, car, nous dit la fin du livre dans la Bible, il est au fond furieux de ce succès: Dieu aurait selon lui dû commencer par punir les habitants de Ninive. Jonas n’est pas encore prêt à accepter un Dieu de miséricorde, un Dieu qui aime tous les hommes, qui accueille sans aucun préalable tous les pécheurs qui se tournent vers lui.

Alors, nous le sentons bien, Jonas, c’est un peu chacun d’entre nous, avec nos peurs, nos résistances à l’action de Dieu, mais aussi l’appel particulier que Dieu adresse à chacun d’entre nous pour être, par la grâce de notre baptême, les témoins de la Bonne Nouvelle dans le monde d’aujourd’hui.

Annoncer l’Évangile est une nécessité qui m’incombe écrit saint Paul aux Corinthiens, ajoutant: Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile. Oui, c’est sans doute là notre premier devoir de chrétien, et, trop souvent, nous hésitons à le remplir, par respect humain, par timidité, par peur de courir à l’échec ou de paraître ridicule. Nous ne serons bien sûr jamais à l’abri des déconvenues, mais, comme Jonas, nous auront aussi des surprises, des succès auxquels nous ne nous attendions pas!

Nous nous lamentons souvent de la foi qui se perd, des jeunes qui ne croient plus, des églises qui se vident, et il y a effectivement souvent de quoi nous alarmer. Mais en même temps, sommes-nous suffisamment attentifs à tout ce qui se vit de positif dans nos paroisses, dans notre diocèse, dans notre église de France, même si cela peut parfois nous dérouter ou ne pas correspondre à notre sensibilité spirituelle? Savons nous témoigner de toutes les merveilles de Dieu à l’œuvre dans notre monde? Savons-nous seulement voir ces merveilles, donner leur sens à tout ce qui est beau et bon dans nos vies et autour de nous? Savons-nous en rendre grâce à Dieu et lui demander avec suffisamment de force de nous envoyer l’Esprit Saint pour mettre sur nos lèvres les paroles qui toucheront ou nous faire poser des actes qui témoigneront de notre foi?

Chacun, chacune d’entre nous, devrait, me semble-t-il, s’interroger ainsi, et, plus fondamentalement encore, se demander comment se traduit dans sa vie l’appel du Christ que nous avons entendu dans l’Évangile: convertissez-vous et croyez à la Bonne Nouvelle, que l’on pourrait presque lire convertissez-vous, c’est à dire croyez à la Bonne Nouvelle. Y croyons- nous vraiment? C’est déjà la question que Jésus posait à Marthe en lui disant: moi, je suis la résurrection et la vie , quiconque vit et croit en moi, ne mourra jamais. Crois-tu cela? Voilà la Bonne Nouvelle. Y croire vraiment, cela nous amène à nous convertir, c’est à dire à orienter autrement notre vie, à lui faire changer de direction pour la tourner davantage vers celui qui est le chemin, la vérité et la vie ou, pour reprendre le mot d’un théologien contemporain, à devenir non seulement des chrétiens, mais des christiens.

C’est ce qu’ont fait, dans l’Évangile que nous avons entendu, Simon et André, Jacques et Jean, qui ont sans hésitation répondu à l’appel que Jésus leur adressait pour le suivre. Cet appel, le Christ l’adresse à chacun d’entre nous, sous des formes différentes bien sûr, car les dons que Dieu nous a donnés sont multiples : appel au sacerdoce, à la vie consacrée, au mariage, à telle ou telle profession ou, plus quotidiennement, à consacrer davantage de temps à Dieu ou au service de notre prochain. Mais il s’agit, fondamentalement, toujours du même appel à devenir des saints, appel auquel dans son amour Dieu nous laisse toujours totalement libre de répondre ou de ne pas répondre.

Mais c’est bien difficile de devenir des saints tout seul, d’être chrétien tout seul... on l’est avec d’autres, au sein d’une communauté qui vit ensemble l’amitié, mais aussi la prière, le ressourcement spirituel, le service, et qui, ainsi, peut devenir appelante et rayonnante. C’est une urgence pour nous, et c’est l’intuition de notre Archevêque lorsqu’il nous invite à tisser la fraternité, notamment à travers des rencontres en petits groupes autour de l’Evangile de Saint Marc.

Oui, Dieu nous veut tous saints, et c’est un chemin de bonheur que Jésus nous a ouvert il y a 2000 ans en se faisant l’un de nous. Voilà pourquoi il pouvait dire, comme nous l’avons entendu dans l’Évangile, les temps sont accomplis et le règne de Dieu est tout proche. 2000 ans, c’est long, mais le temps de Dieu n’est pas le nôtre, pour lui 1000 ans sont comme un jour. Nous ne savons ni le jour ni l’heure, pourtant, comme le rappelait Saint Paul dans la seconde lecture, le temps est limité. Il est donc urgent de se convertir, et, pour cela, Paul nous invite, non à abandonner nos femmes ou nos maris ou à être indifférents à tout, mais plutôt à laisser nos valeurs et nos attachements humains à leur juste place, à ne pas en faire des idoles qui entravent notre marche vers la sainteté et nous empêchent trop souvent d’être des témoins de l’Evangile.

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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