Semaine 1 : Restez éveillés

Semaine 1 : Restez éveillés

Évangile (Lc 21, 25-28.34-36)


Évangile (Lc 21, 25-28.34-36) : 

En ce temps-là, Jésus parlait à ses disciples de sa venue : « Il y aura des signes dans le soleil, la lune et les étoiles. Sur terre, les nations seront affolées et désemparées par le fracas de la mer et des flots. Les hommes mourront de peur dans l'attente de ce qui doit arriver au monde, car les puissances des cieux seront ébranlées. Alors, on verra le Fils de l'homme venir dans une nuée, avec puissance et grande gloire. Quand ces événements commenceront, redressez-vous et relevez la tête, car votre rédemption approche.

Tenez-vous sur vos gardes, de crainte que votre cœur ne s'alourdisse dans les beuveries, l'ivresse et les soucis de la vie, et que ce jour-là ne tombe sur vous à l'improviste comme un filet ; il s'abattra, en effet, sur tous les habitants de la terre entière. Restez éveillés et priez en tout temps : ainsi vous aurez la force d'échapper à tout ce qui doit arriver, et de vous tenir debout devant le Fils de l'homme. »


« Restez éveillés »

 Vous venez de contempler l'Évangile de ce premier dimanche de l'Avent à l'aide d'une courte vidéo. Merci pour votre disponibilité à cette façon de faire. Vous semble-t-elle éloignée de votre lecture habituelle du Nouveau Testament ? Peut-être ! Cette méthode est pourtant la première clé de cette retraite : c'est notre enfance qui porte notre vie spirituelle. 

 Où est-elle, cette enfance qui nous porte ? Sans doute plus proche qu'on ne le croit aux dires de la doctoresse Maria Montessori : « Il y a des gens qui ne voient la valeur de l'enfant pour l'humanité que dans le fait que l'enfant sera plus tard un adulte […]. Or, l'enfant est une entité humaine importante en soi.  L'enfance n'est pas seulement un passage nécessaire vers l'âge adulte. L'enfant et l'adulte sont deux visages distincts de l'humanité qui doivent s'interpréter et agir en harmonie en s'aidant mutuellement. » Deux visages d'une même humanité.

 Le Saint-Père, Pie XI, le jour de la canonisation de Thérèse de l'Enfant-Jésus, la carmélite de Lisieux, le 17 mai 1925, se permit, dans son homélie, une audacieuse interpellation de l'auditoire rassemblé dans la nef de la basilique Saint-Pierre, qu'un carme de la Province de Paris, le père Bruno de Jésus-Marie, reformula ainsi dans le numéro des « Etudes carmélitaines » d'avril 1934 : « Tout porte à croire que Jésus, qui prononça le ‘'Laissez venir à moi les petits enfants'', envisageait pour l'enfant lui-même la perfection de l'Enfance évangélique. En serait-il autrement ?  Conviendrait-il que l'enfant qui, selon Pie XI, sent et opère naturellement comme les âmes des fidèles doivent, par l'enfance évangélique, sentir et opérer sous l'empire de la vertu, conviendrait-il que ce petit, étalon-or de notre achèvement spirituel, doive forcément surseoir à recueillir lui-même le bénéfice de ce qu'il sert à démontrer ? Vraiment, doit-il se muer d'abord en adulte avant de commencer ce mouvement concentrique qui doit le ramener, transformé par la grâce, à son point de départ ? »


Ainsi, non seulement l'enfant que nous avons été naturellement reste le ferment évangélique le plus authentique qui soit, mais, de plus, l'âge adulte ne peut être, en aucune manière et au risque de tromper l'attente du Christ lui-même, considéré comme l'indice infaillible d'une vie spirituelle accomplie. Dès lors, osons nous demander : que reste-t-il de l'enfant que nous avons été ?

 Le magistère ordinaire de l'Eglise a épousé très tôt ces convictions illustrées par la vie de la moniale normande. En un certain sens, il consonnait, à sa façon, au renouveau pédagogique européen, incarné en Italie par Maria Montessori. Ainsi, le 14 août 1921, dans un de ses discours, le prédécesseur de Pie XI, le pape Benoît XV, ne voyait d'autre issue possible pour l'adulte que d'obéir au précepte du Christ qui nous « enseigne en outre, d'une manière explicite l'exclusion de son Royaume pour ceux qui ne seront pas devenus semblables à des enfants : ‘'Si vous ne vous convertissez et ne devenez comme de petits enfants, vous n'entrerez pas dans le Royaume des cieux.'' Le Divin Maître tient expressément à ce que ses disciples voient dans l'enfance spirituelle la condition nécessaire de la vie éternelle. »


Du Carmel de Lisieux aux basiliques romaines, en passant par les Case dei Bambini[1] d'hier et d'aujourd'hui, l'enfance retrouve progressivement son autonomie pour interroger nos certitudes d'adultes. Elle n'est plus l'ébauche de ce que nous serions devenus. Elle est vivante et motrice. Elle réclame notre fidélité. Elle est la mémoire d'un appel évangélique dont il nous importe de réveiller l'actualité. Que nous faut-il abandonner pour retrouver le pas léger de notre enfance ? Désavouerons-nous notre propre voix ? Déserterons-nous le Royaume promis et désiré ? 


 Alors, prolongeant l'autorité de la double admonestation pontificale offerte à notre méditation de cette première semaine de retraite, laissons à celui qui s'en était fait le témoin en 1934, notre frère, le père Bruno de Jésus-Marie, le soin de lancer un appel d'autant plus décisif qu'il reste vrai à l'aube de cette année 2022 : « Adultes, prenons donc bien garde de laisser végéter l'enfant sur le seuil de la Vie spirituelle ! »


Frère Marc Fortin, ocd (Lisieux)  et Virginie Brault,

 fraternité Marie, mère du Bon Pasteur

 

  


[1] Nom italien désignant les écoles maternelles de Maria Montessori. Les maisons des enfants rassemblent des enfants de 3 à 6 ans.



   

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

L'Avent avec Thérèse de l'Enfant-Jésus & Maria Montessori