2.a. La géhenne... où leur vers ne meurt point et le feu ne s'éteint pas. (Mc 9)

Qu'est-ce que la géhenne ou l'enfer ?

Cinquante-huit siècles de judaïsme ont profilé puis modelé plus avant cette notion hébraïque de  גַּיְא gaye vallée הִנֹּ֑ם hinome Hinom devenue en grec γέεννα guéénna géhenne ou enfer. Vingt siècles de culture judéo-gréco-latine et de christianisme ont défini ce que pouvait être la géhenne ou l'enfer, parfois ils l'ont illustré. Nos différents cultures et l'imagination de ceux qui se sont posé cette question ont certainement contribué à façonner notre vision de ce lieu jusqu'à aujourd'hui. 

Nous allons tenter de retrouver la vision que pouvait en avoir Jésus avec certains éléments du Tanach qu'il connaissait bien. Nous vous proposons une petite étude mais préalablement avec Jean-Marc Babut, voyons comment nous pouvons être piégés par les mots.

« Le lecteur occidental moderne qui lit le texte biblique traduit dans sa langue maternelle reste exposé à des pièges qu'il ne soupçonne pas. S'il n'y prend garde en effet il projette inconsciemment dans tel mot ou telle expression de sa langue un contenu qui lui est déjà familier... la théologie biblique a souvent estimé que la valeur sémantique de l'expression devait résulter de ses racines historiques. Procéder pourtant de la sorte sous-estime certainement la dimension subjective de toute conclusion historique. Dans la mesure d'autre part où le vocabulaire d'une langue varie tant soit peu d'une période à une autre, voire d'un auteur à un autre, le moyen le plus sûr de découvrir le contenu sémantique de tel terme ou de telle expression dans un texte donné est de trouver comment les divers contextes (littéraire et historico-culturel) éclairent le contenu du vocable à déchiffrer. » (Jean-Marc Babut, Les premiers mots de Jésus, Article paru dans la revue Etudes théologiques et religieuses ,2013/2 (Tome 88) p.185)

Voici ce lien pour consultation :  2013/2 (Tome 88)


« ... où leur vers ne meurt point et le feu ne s'éteint point. » (Mc 9, 44) et  (Mc 9, 46) 


Plan

A. Marc 9, 38-51 avec les versets de Mc 9, 44 et 46 traduits selon la Bible grecque GNT Byzantine.

B. Mieux comprendre ce qu'est vraiment l'enfer ! la géhenne !

C. Le roi Josias accomplit la volonté de Dieu. Il considère désormais comme impur le lieu de la vallée de Hinome, le lieu de la géhenne où tant d'abominations ont eu lieu.

D. Ce lieu impur devient une poubelle à ciel ouvert où l'on brûle des immondices, des déchets de tout genre.

E. Ne laissons ni ver, ni parasite dévorer notre âme et notre corps.

F. Un élément fondamental dans la rhétorique de Jésus, la répétition. 

G. Marc 9, 38-51 avec les versets de Mc 9, 44 et 46 traduits selon la Bible grecque GNT Byz.

H. Analyse des répétitions.

I. Les trois choses folles que Jésus nous demande.


A. Marc 9, 38-51 avec les versets de Mc 9, 44 et 46 traduits selon la Bible grecque GNT Byzantine.

« 38 Jean lui dit: Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom; et nous l'en avons empêché, parce qu'il ne nous suit pas.

39 Ne l'en empêchez pas, répondit Jésus, car il n'est personne qui, faisant un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler mal de moi.

40 Qui n'est pas contre nous est pour nous.

41 Et quiconque vous donnera à boire un verre d'eau en mon nom, parce que vous appartenez à Christ, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense.

42 Mais, si quelqu'un scandalisait un de ces petits qui croient, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui mette au cou une grosse meule de moulin, et qu'on le jette dans la mer.

43 Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la; mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie, que d'avoir les deux mains et d'aller dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point,

44 où leur vers ne meurt point et le feu ne s'éteint point.

45 Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le; mieux vaut pour toi entrer boiteux dans la vie, que d'avoir les deux pieds et d'être jeté dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point,

46 où leur vers ne meurt point et le feu ne s'éteint point.

47 Et si ton oeil est pour toi une occasion de chute, arrache-le; mieux vaut pour toi entrer dans le royaume de Dieu n'ayant qu'un oeil, que d'avoir deux yeux et d'être jeté dans la géhenne,

48 où leur ver ne meurt point, et où le feu ne s'éteint point.

49 Car tout homme sera salé de feu.

50 Le sel est une bonne chose; mais si le sel devient sans saveur, avec quoi l'assaisonnerez-vous?

51 Ayez du sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres. » (Marc 9, 38-51 avec les versets de Mc 9, 44 et 46 traduits selon la Bible grecque GNT Byz.)


Le tiroir homilétique précédent (https://hozana.org/t/wQLsY), étudie une partie du texte de l'Evangile du jour (Mc 9, 38-51) Elle observe deux éditions grecques différentes :

- La GNT NA 28 de laquelle la Bible de la Liturgie a traduit en omettant les versets 44 et 46 qui ne sont pas présents non plus dans cette version grecque.

- La GNT Byz, 2005 qui intègre les versets 44 et 46 qui sont absolument identiques selon ce texte grec :

« ὅπου ὁ σκώληξ αὐτῶν οὐ τελευτᾷ, καὶ τὸ πῦρ οὐ σβέννυται. »

Voici la traduction grecque mot à mot.

 « ὅπου où ὁ σκώληξ αὐτῶν leur vers οὐ τελευτᾷ ne meurt pas, καὶ et τὸ πῦρ le feu οὐ σβέννυται ne s'éteint pas. » (Mc 9, 44 et ou 46 GNT Byz 2005)

Plusieurs Bibles possèdent les versets de Mc 9, 44 et 46 « où leur ver ne meurt point, et où le feu ne s'éteint point. »

La Bible hébraïque de Franz Delitzsch de 1877 l'écrit ainsi Mc 9, 44 : 

אֲשֶׁר־שָׁם תּוֹלַעְתָּם לֹא תָמוּת וְאִשָּׁם לֹא תִכְבֶּה׃

« אֲשֶׁר־שָׁם (que) où là תּוֹלַעְתָּם leur ver לֹא תָמוּת ne meurt pas וְאִשָּׁם où le feu תִכְבֶּה ne sera pas éteint ! (tu n'éteindras pas !) »


La Bible allemande Elberfelder dans son édition de 1905 traduit ainsi Mc 9, 44 : « wo ihr Wurm nicht stirbt und das Feuer nicht erlischt. » (Mc 9, 44)

La Bible de Genève, 1979 intègre aussi cette même phrase.

La Bible Second 21, 2007 l'écrit entre crochets Mc 9, 44 : « [là où le ver ne meurt pas et où le feu ne s'éteint pas].


B. Mieux comprendre ce qu'est vraiment l'enfer ! la géhenne !

Nous le verrons plus loin, le mot géhenne revient trois fois dans cette péricope de l'Evangile de Marc 9, 43,45,47.

D'où vient donc ce mot grec γέεννα guéénna géhenne ?

Le mot est translittéré de l'hébreu. Nous trouvons ce mot dans l'Ancien Testament hébraïque : « Achaz avait 20 ans lorsqu'il devint roi et il régna 16 ans à Jérusalem. Il ne fit pas ce qui est droit aux yeux de l'Eternel, contrairement à son ancêtre David. 2 Il marcha sur la voie des rois d'Israël. Il fit même fabriquer des idoles en métal fondu pour les Baals, 3 brûla des parfums בְּגֵ֣יא beguéi' dans la vallée בֶן־הִנֹּ֑ם vène-hinome des fils de Hinnom et fit passer ses fils par le feu, conformément aux pratiques abominables des nations que l'Eternel avait dépossédées devant les Israélites. 4 Il offrait des sacrifices et des parfums sur les hauts lieux, sur les collines et sous tout arbre vert. » (2 Chron 27, 1-4)

בְּגֵ֣יא beguéi' dans la vallée בֶן־הִנֹּ֑ם vène-hinome des fils de Hinnome. Pour mieux comprendre, il faut commencer par supprimer le mot בֶּן bène fils et la particule בְּ be dans. Alors il ne reste plus que l'expression : גֵ֣יא guéi הִנֹּ֑ם hinome vallée de Hinome qui a été translittéré en grec dans l'Evangile de Marc par γέεννα guéénna géhenne.

Cette vallée assez profonde se situe au sud de Jérusalem. Dans cette vallée, c'était l'enfer. L'Ennemi de nos âmes avait pris possession de ce lieu pour inciter les hommes à faire des choses abominables comme ce fut le cas du jeune roi Achaz qui fit passer ses fils par le feu. Cela signifie qu'il brûla ses propres enfants pour les sacrifier au Dieu païen Moloch.

Voyons encore dans le livre des Chroniques un autre roi : « Manassé avait 12 ans lorsqu'il devint roi et il régna 55 ans à Jérusalem. 2 Il fit ce qui est mal aux yeux de l'Eternel, en imitant les pratiques abominables des nations que l'Eternel avait dépossédées devant les Israélites. 3 Il reconstruisit les hauts lieux que son père Ezéchias avait démolis, il érigea des autels en l'honneur des Baals et il fit des poteaux sacrés. Il se prosterna devant tous les corps célestes et les servit. 4 Il construisit des autels dans la maison de l'Eternel, alors que l'Eternel avait dit: « C'est à Jérusalem que mon nom résidera pour toujours. » 5 Il construisit des autels en l'honneur de tous les corps célestes dans les deux parvis de la maison de l'Eternel. 6 Il fit passer ses fils par le feu  בְּגֵ֣יא beguéi' dans la vallée בֶן־הִנֹּ֑ם vène-hinome des fils de Hinnom, il pratiqua la divination et l'occultisme, il s'adonna à la magie et il mit en place des gens capables d'invoquer les esprits et des spirites. Il fit de plus en plus ce qui est mal aux yeux de l'Eternel, provoquant ainsi sa colère. » (2 Chron 33, 1-6)

Dans ces deux textes de 2 Chron 27, 2 et 2 Chron 33, 6 nous voyons que la vallée des fils de Hinome est le lieu où ces deux rois font passer leur fils par le feu. Cela signifie qu'ils brûlèrent quelques-uns de leurs propres enfants pour les sacrifier au Dieu païen Moloch.

Voici un troisième texte qui vient nommer ce lieu de la vallée de Ben Hinome, comme un lieu abominable. Un lieu où des abominations ont eu lieu : « Voici ce qu'a dit l'Eternel: « Va acheter une cruche en terre chez un potier et prends avec toi des anciens du peuple et des responsables parmi les prêtres.  Rends-toi  בְּגֵ֣יא beguéi' dans la vallée בֶן־הִנֹּ֑ם vène-hinome des fils de Hinnom, qui est à l'entrée de la porte des tessons, et là, tu proclameras les paroles que je te dirai. Tu diras: ‘Ecoutez la parole de l'Eternel, rois de Juda, et vous, habitants de Jérusalem!' » Voici ce que dit l'Eternel, le maître de l'univers, le Dieu d'Israël : « Je vais faire venir ici un malheur tel que tous ceux qui en entendront parler en resteront abasourdis. Cela arrivera parce qu'ils m'ont abandonné et ont rendu cet endroit méconnaissable, parce qu'ils y ont fait brûler de l'encens en l'honneur d'autres dieux, des dieux que ni eux, ni leurs ancêtres, ni les rois de Juda ne connaissaient, et ont rempli cet endroit de sang innocent. Ils ont construit des hauts lieux en l'honneur de Baal pour brûler leurs enfants en holocauste à Baal. Cela, je ne l'avais ni ordonné ni prescrit, cela ne m'était pas venu à la pensée. » (Jér 19, 1-5)


C. Le roi Josias accomplit la volonté de Dieu. Il considère désormais comme impur le lieu de la vallée de Hinome, le lieu de la géhenne où tant d'abominations ont eu lieu.

Lorsque enfin survint le roi Josias, Israël eut la joie de revenir au Seigneur leur Dieu. Ce que Josias désirait fut accompli « afin que personne ne fasse plus passer son fils ou sa fille par le feu en l'honneur de Moloc. » (Jér 23, 10)

Regardons plus en détail quelques décisions prises par Josias pour purifier Israël de ses abominations : « Le roi ordonna au grand-prêtre Hilkija, aux prêtres adjoints et aux gardiens de l'entrée de sortir du temple de l'Eternel tous les ustensiles qui avaient été fabriqués pour Baal, pour Astarté et pour tous les corps célestes. Il les brûla à l'extérieur de Jérusalem, dans les champs de la vallée du Cédron, et en fit porter la poussière à Béthel. Il fit disparaître les prêtres d'autres dieux que les rois de Juda avaient établis pour brûler des parfums sur les hauts lieux dans les villes de Juda et aux environs de Jérusalem, ainsi que ceux qui offraient des parfums à Baal, au soleil, à la lune, aux constellations et à tous les corps célestes. Il sortit le poteau sacré de la maison de l'Eternel. Il le transporta à l'extérieur de Jérusalem, vers le torrent du Cédron, et là il le brûla, il le réduisit en cendres qu'il jeta sur les tombes des gens du peuple. Il démolit les logements des prostitués qui se trouvaient dans la maison de l'Eternel et où les femmes tissaient des toiles pour Astarté. Il fit venir tous les prêtres des villes de Juda et il rendit impurs les hauts lieux où les prêtres brûlaient des parfums, depuis Guéba jusqu'à Beer-Shéba; il démolit les hauts lieux des portes, celui qui était à l'entrée de la porte de Josué, le chef de la ville, et celui qui était à gauche de la porte de la ville. Toutefois, les prêtres des hauts lieux ne pouvaient pas monter à l'autel de l'Eternel à Jérusalem, mais ils mangeaient des pains sans levain au milieu de leurs frères. Le roi rendit Topheth, בְּגֵ֣יא beguéi' dans la vallée בֶן־הִנֹּ֑ם vène-hinome des fils de Hinnome, impur afin que personne ne fasse plus passer son fils ou sa fille par le feu en l'honneur de Moloc. Il fit disparaître de l'entrée de la maison de l'Eternel les chevaux que les rois de Juda avaient consacrés au soleil, près de la chambre de l'eunuque Nethan-Mélec qui se trouvait dans les annexes, et il brûla au feu les chars du soleil. Le roi démolit les autels qui étaient sur la terrasse de la chambre à l'étage d'Achaz, autels que les rois de Juda avaient fabriqués, ainsi que ceux qu'avait faits Manassé dans les deux parvis de la maison de l'Eternel. » (2 Rois 23, 4-12)


D. Ce lieu impur devient une poubelle à ciel ouvert où l'on brûle des immondices, des déchets de tout genre.

Ainsi ce texte nous apprend que le roi Josias abolit toutes ces pratiques odieuses aux yeux de l'Eternel et au coeur de Dieu : les sacrifices d'enfants, la divination, l'occultisme et la magie (2 Chron 33, 1-6). Ces quatre pratiques n'émanant pas du Dieu vivant et vrai mais de l'Ennemi de nos âmes.

Josias nous dit encore ceci : « Le roi rendit Topheth, dans la vallée des fils de Hinnom, impur. » Nous avons donc compris que cette גֵ֣יא guéi הִנֹּ֑ם hinome vallée de Hinome nommée dans l'Evangile de Marc γέεννα guéénna géhenne, allait être utilisée comme « lieu impur » c'est-à-dire qu'elle serait un lieu d'immondices où toutes sortes de déchets étaient incinérés. Le lieu où la ville transportait tous ses détritus.

Nous pouvons imaginer et l'odeur nauséabonde et le feu qui ne cessait de brûler. Outre que ce lieu avait été le théâtre d'abominations qui déplurent au coeur de Dieu, il devenait une gigantesque poubelle qui ne s'éteignait jamais.

Ainsi dans le Nouveau Testament, lorsque Jésus parle de géhenne, il a en mémoire les textes que nous avons lus. Il comprend dans sa langue  גֵ֣יא guéi הִנֹּ֑ם hinome vallée de Hinom. Marc l'écrira en grec γέεννα guéénna géhenne. Jésus sait qu'elle un lieu exécrable pleine d'immondices et de saleté de toutes sortes. Jésus sait que le feu ne s'y éteint jamais. Il propose donc aux gens de Jérusalem d'échapper à l'enfer et à la puanteur de ce lieu. Il met en opposition les sacrifices d'enfants, la divination, l'occultisme et la magie (2 Chron 33, 1-6) et la vie avec Dieu dans Son Royaume, vie de joie et de paix, d'amour et de grâces.

Jésus met devant les gens de Jérusalem et nous-mêmes, un choix. Voulons-nous suivre les chemins pernicieux de ceux qui offrent leurs propres enfants en sacrifices au Dieu Moloch, et qui se détournent volontairement de Dieu ? Ne voulons-nous pas lutter contre ce qui en nous, est une occasion de chute ? Sommes-nous complaisants avec le péché et ne le haïssons-nous pas de tout notre être ? Alors notre perspective, c'est d'être nous-mêmes comme des poubelles ambulantes malodorantes.

Parce que les gens de Jérusalem débordent des choses exécrables qui sont en eux et qu'ils s'en accommodent fort bien, alors Jésus ne se lassera pas de le leur répéter cinq fois, qu'ils sont comme s'ils habitaient ce lieu où le feu ne s'éteint pas. Marc a consigné les paroles de Jésus dans son Evangile et aujourd'hui, nous les lisons. Aujourd'hui c'est à nous que notre Seigneur s'adresse. Soyons vigilants.              

                                    

E. Ne laissons ni ver, ni parasite dévorer notre âme et notre corps.

Le ver c'est celui qui vient dérober notre beauté, la beauté et l'intégrité de qui nous sommes, le ver dans une pomme lui donne un goût effroyable, la rend inconsommable et la pomme rongée n'est plus bonne qu'à être jetée. Ainsi devenons nous lorsque nous laissons le péché s'installer et distiller ses odeurs nauséabondes tout à l'entour.

Pour Jésus, ce ver qui ne meurt pas, c'est un intru que nous avons laissé nous grignoter et nous avilir. Le ver solitaire par exemple se sustente de notre nourriture et représente un danger pour notre existence. Un ver parasite peut commencer à se multiplier et se propager dans nos corps. Il cause parfois de fortes douleurs et semble ne pas vouloir être éradiqué. Comme dit Jésus, il ne meurt pas.

Cet intru nous a pénétré parce que nous n'avons pas su lui résister lorsqu'il y avait une occasion de chute. Jésus nous appelle à lutter. Il fait tout pour que nous ne nous opposions pas délibérément à Sa volonté sainte et à Son amour. Oui c'est la paix et la joie qu'il veut déployer sur nous et non l'horreur d'un ver qui nous tourmente. Agissons et ne le laissons point entrer dans notre coeur.


F. Un élément fondamental dans la rhétorique de Jésus, la répétition. 

Pour notre propos de ce jour, nous avons expressément choisi cette variante textuelle du texte grec de la GNT Byzantine 2005 qui intègre les deux versets de Mc 9, 44 et 46. Ces deux versets ne figurant pas dans la Bible de la Liturgie, 2013.

En effet, le texte biblique qui n'omet aucun des deux versets bibliques parle en faveur d'une des préoccupations de Jésus. Le Maître utilise à dessein une rhétorique, une pédagogie qui veut vraiment marquer les esprits, afin que les auditeurs se voient poussés à agir conformément à son enseignement, à réaliser son importance !

« 43 Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la; mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie, que d'avoir les deux mains et d'aller dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point 44 où leur ver ne meurt point et le feu ne s'éteint point. 45 Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le; mieux vaut pour toi entrer boiteux dans la vie, que d'avoir les deux pieds et d'être jeté dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point, 46 où leur ver ne meurt point et le feu ne s'éteint point. 47 Et si ton oeil est pour toi une occasion de chute, arrache-le; mieux vaut pour toi entrer dans le royaume de Dieu n'ayant qu'un oeil, que d'avoir deux yeux et d'être jeté dans la géhenne, 48 où leur ver ne meurt point, et où le feu ne s'éteint point. » (Mc 9, 43-48)

Le verset mis en caractères gras, « où leur vers ne meurt point et le feu ne s'éteint point. » se trouve dans l'Evangile de Marc 9, 48 dans tous les manuscrits et dans certains d'entre eux, il se trouve encore répétés dans les versets 44 et 46. Certaines Bibles citent cette phrase une seule fois dans le verset 48 comme dans la Bible de la Liturgie et elles omettent les versets 44 et 46. D'autres Bibles qui considèrent d'autres manuscrits possèdent cette même phrase répétée trois fois, soit aux versets 44, 46 et 48. Quelle que soit notre préférence, n'oublions pas que dans la rhétorique de Jésus, la répétition est fondamentale. Quand Jésus parle, il veut atteindre son but : nous faire agir conformément à son enseignement, nous éloigner du péché.

Le texte étudié ici est un des textes les plus difficiles des Ecritures avec quelques autres qui s'expriment par une radicalité extrême. Certains diront même que la caricature n'est pas loin. Dans notre mentalité occidentale, une telle rhétorique surprend davantage qu'en Orient ancien. En réalité, Jésus veut nous étonner pour mieux faire comprendre un élément fondamental de son enseignement et de notre salut.

Nous sommes tous des enfants de Dieu et Jésus s'adresse à nous en bon pédagogue, avec une rhétorique qui a fait ses preuves. Dans cette péricope, il répète inlassablement le même refrain qu'il agrémente par des couplets différents, la main, le pied et l'oeil pour dissuader l'homme de tomber dans le péché, pour le persuader d'arracher loin de lui tout ce qui l'avilit et le rend nauséabond. C'est ainsi qu'il faut comprendre la perspective de Jésus. Fuyons les lieux de débauche, fuyons l'ébriété, ne laissons point pénétrer en nous le ver qui veut nous rendre malade et nous affaiblir. Ne fréquentons point les lieux où les vers sont avides de nous pénétrer et n'attendons plus pour nous éloigner du danger des flammes pourraient mettre en danger notre vie ! » (cf Mc 9, 44 ou 46 ou 48)

Pour mieux comprendre le propos de Jésus, nous dirons simplement que Jésus fait sienne cette affirmation qui se trouve vers la fin du livre de Qohéleth ou de l'Ecclésiaste, l'avant-dernier verset : « Crains Dieu et observe ses commandements. Tout est là pour l'homme. » (Qo 12, 13) ou (Eccl 12, 13)

S'attacher aux Ecritures est fondamental. « Tout est là pour l'homme. » (Qo 12, 13) ou (Eccl 12, 13) 


G. Marc 9, 38-51 avec les versets de Mc 9, 44 et 46 traduits selon la Bible grecque GNT Byz.

« 38 Jean lui dit: Maître, nous avons vu un homme qui chasse des démons en ton nom; et nous l'en avons empêché, parce qu'il ne nous suit pas.

39 Ne l'en empêchez pas, répondit Jésus, car il n'est personne qui, faisant un miracle en mon nom, puisse aussitôt après parler mal de moi.

40 Qui n'est pas contre nous est pour nous.

41 Et quiconque vous donnera à boire un verre d'eau en mon nom, parce que vous appartenez à Christ, je vous le dis en vérité, il ne perdra point sa récompense.

42 Mais, si quelqu'un scandalisait un de ces petits qui croient, il vaudrait mieux pour lui qu'on lui mette au cou une grosse meule de moulin, et qu'on le jette dans la mer.

43 Si ta main est pour toi une occasion de chute, coupe-la; mieux vaut pour toi entrer manchot dans la vie, que d'avoir les deux mains et d'aller dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point,

44 où leur vers ne meurt point et le feu ne s'éteint point.

45 Si ton pied est pour toi une occasion de chute, coupe-le; mieux vaut pour toi entrer boiteux dans la vie, que d'avoir les deux pieds et d'être jeté dans la géhenne, dans le feu qui ne s'éteint point,

46 où leur vers ne meurt point et le feu ne s'éteint point.

47 Et si ton oeil est pour toi une occasion de chute, arrache-le; mieux vaut pour toi entrer dans le royaume de Dieu n'ayant qu'un oeil, que d'avoir deux yeux et d'être jeté dans la géhenne,

48 où leur ver ne meurt point, et où le feu ne s'éteint point.

49 Car tout homme sera salé de feu.

50 Le sel est une bonne chose; mais si le sel devient sans saveur, avec quoi l'assaisonnerez-vous?

51 sel en vous-mêmes, et soyez en paix les uns avec les autres. » (Marc 9, 38-51 avec les versets de Mc 9, 44 et 46 traduits selon la Bible grecque GNT Byz.)


H. Analyse des répétitions.

Dans la péricope de Mc 9, 38-51 :

Le mot géhenne est répété trois fois.

Jésus utilise trois des organes de notre corps pour nous faire comprendre quelque chose d'essentiel :

- La main, le pied et l'oeil. 

Ces trois organes sont des éléments vitaux qui nous permettent une autonomie.

Autonomie de travail grâce à la main qui permet de s'assurer la nourriture et le gîte.

Autonomie de déplacement, grâce au pied.

Autonomie d'observation, grâce à l'oeil. L'organe visuel nous permet de nous déplacer et d'effectuer mille et une tâches, de lire et de nous informer...

- L'expression revient cinq fois. Elle désigne un lieu introduit par la préposition « dans » ou le pronom relatif « où ». Ensuite l'expression elle-même : « où ... dans ... le feu qui ne s'éteint pas ». 

- L'expression est très forte, elle revient trois fois précisément au verset 44 et 46 et 48 : « où leur ver ne meurt point », expression qui n'est présente qu'une fois dans la Bible de la Liturgie (voir notre étude au « Tiroir homilétique » précédent : https://hozana.org/t/wQLsY)


I. Les trois choses folles que Jésus nous demande.

Jésus demande trois choses folles : couper notre main, couper notre pied et arracher notre oeil. Se faire soi-même manchot, handicapé unijambiste et borgne. Certains diront nous n'allons tout de même pas écouté de telles absurdités. L'épreuve causée par la perte de notre intégrité corporelle est tellement préjudiciable à toute notre personne, que pour réussir à affronter une telle source d'angoisse, il faut le courage d'un saint, au moment de son martyre pour le nom de Jésus.

Pourquoi Jésus souhaite-t-il créer en nous l'effroi ? Pourquoi donc couper notre main, couper notre pied et arracher notre oeil ? Qu'est-ce qui lui prend ? Pour quelle raison Jésus joue-t-il sur l'horreur que constitue l'épreuve de perdre un de nos membres ?

Voici une tentative de réponse. Notre désir de demeurer avec notre intégrité corporelle ne nous mobilise-t-elle pas pour agir et faire presque n'importe quoi pour ne point perdre un de nos membres. Le résultat, c'est donc justement cette mobilisation personnelle, cet éveil de tout notre être, cette attention particulière pour que cette horreur ne nous touche pas. 

Pour Jésus, il y a donc un tel enjeu, qu'à dessein, pour que nous nous réveillions et soyons attentifs à sa pensée, pour que nous mobilisions tout notre être contre le péché, Jésus évoque la perspective de perdre un de nos membres. 

Voilà, nous allons donc agir, nous allons donc être vigilants. Nous n'allons pas laisser le péché triompher !

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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Tiroirs homilétiques