SAINTE ANNE ET LES GENS DE MER...

SAINTE ANNE ET LES GENS DE MER...

Le 16 septembre 1654, ce furent Jean Le Hir et Jean Michel (du Croisic) qui vinrent déposer Le grand bateau ayant coulé bas, ils s'étaient trouvés tous les cinq sur la chaloupe « au milieu d'une orageuse tempête » comme ils disaient, loin de la terre et sans vivres.

« Par qui donc avez-vous été sauvés ? – Ah ! bien entendu, par sainte Anne : elle nous a envoyé un navire flamand. La chose est sûre, car le capitaine nous a avoué lui-même qu'il ne pouvait pas s'expliquer comment il s'était jeté en dehors de sa route pour venir nous recueillir : « Toute la nuit, nous disait-il, je me demandais pourquoi je prenais cette direction, et néanmoins je m'obstinais à la suivre, malgré les objurgations de mon pilote qui tout en colère me dissuadait, répétant sans cesse qui diable j'allais chercher de ce côté-là, quand il était de toute évidence que ce n'était pas ma route.

 « C'est nous qu'il venait chercher, et c'est Madame sainte-Anne qui était son vrai pilote »

Le 16 avril 1641, quelques marchands de Cancale présentaient un drapeau turc. " Ce pavillon, dirent-ils, est un trophée de victoire et un ex-voto de notre délivrance. Nous étions en captivité depuis longtemps. La galère sur laquelle nous travaillions comprenait vingt-trois forçats, dont cinq catholiques, sept renégats, les autres tous huguenots. Nos maîtres étaient plus du double, au nombre de cinquante- huit.

            Notre infériorité était évidente ; et pourtant l'idée nous vint, sans doute inspirée par le ciel, de nous emparer du navire et de recouvrer la liberté à quelque prix que ce fût. C'était risquer la vie, mais la mort valait mieux que cet esclavage.

            Nous autres Bretons nous commençâmes par nous vouer a sainte Anne ; puis, prenant de plus en plus confiance, nous n'eûmes pas de peine à faire partager nos espérances à nos compagnons d'infortune : tous entrèrent volontiers dans le complot. La lutte est décidée, les rôles sont distribués ; on se jettera ensemble sur l'ennemi au signal convenu ; le mot du ralliement sera le nom de notre protectrice. Au moment convenu, l'un de nous cria : « Sainte Anne ! »  - « Sainte anne » répétèrent immédiatement les autres. Ce n'était pas seulement un mot d'ordre, c'était en même temps pour nous une invocation suprême. Aussitôt nous nous débarrassons de. nos fers, nous bondissons sur les ennemis désemparés par cette attaque soudaine, tuant les uns, jetant d'autres à la mer, et enchaînant ceux qui se rendent. Ce ne fut que l'affaire d'un instant, et pas un d'entre nous n'avait péri.

            Maîtres du navire, nous abordâmes sans encombre à Barcelonne, où les sept renégats firent leur abjuration, et c'est de là que nous arrivons pour rendre grâces à sainte Anne à qui nous devons la victoire et la liberté.

            Le 29 avril 1636, Guy Rotoux, capitaine marchand de Saint-Nazaire, fit le récit suivant.

            J'arrive des côtes barbaresques, où je m'étais aventuré à la recherche de mon fils prisonnier chez les Turcs. Mais au lieu de le trouver j'ai été capturé moi-même, et je viens de subir trois ans et plus d'esclavage.

            Ne pouvant me résigner à cette vie de forçat, je résolus avec six compagnons de recouvrer, coûte que coûte, la liberté. Mais pour réussir que de difficultés à vaincre ! il ne s'agissait rien moins que de traverser la Méditerranée ; et nous n'avions sous la main ni barque, ni matériaux pour en construire une. Nous nous mîmes quand même à l'œuvre. Mais je me suis d'abord souvenu de la Patronne de mon pays, et c'est la pensée de son assistance qui m'a empêché jusqu'au bout de désespérer.

            On entrelaça les uns dans les autres de longs roseaux qui poussaient sur le rivage, on calfata le tout vaille que vaille avec des toiles cirées que nous avions à notre usage ; et c'est sur cet assemblage qui avait bien plus l'air d'une corbeille que d'une barque, que nous nous hasardâmes sur la mer, sans boussole, sans voile, avec un gouvernail et des rames de fortune, et très peu de vivres.

            C'eût été vraiment tenter la Providence, si nous n'avions eu l'inébranlable conviction que sainte Anne nous garderait, et vraiment elle nous a gardés.

            Il nous aurait fallu au moins une mer calme et une brise favorable. Mais, au bout de quelques heures, le vent commence à souffler, la mer devient houleuse, l'ouragan était déchaîné. A chaque instant nous étions menacés de périr ; et nous avons senti l'assistance spéciale dont nous étions l'objet, en voyant plusieurs grands navires s'engloutir, pendant que notre faible nacelle continuait à surnager. Pour comble de malheur, la tempête ne fut pas notre seul ennemi : au bout de deux jours nos provisions étaient épuisées, et nous dûmes ramer encore pendant trois jours sans avoir rien à manger, rien à boire. Ce fut seulement le cinquième jour que nous abordâmes, à bout de forces, au port de Palma dans l'île de Majorque. Et c'est en ce moment que la protection du ciel se fit plus évidente encore : à peine le dernier d'entre nous avait-il atterri, que la barque de roseaux, soulagée pourtant de son poids, coula d'elle-même au fond de l'eau.

            J'aurais bien aimé apporter jusqu'ici cette nacelle miraculeuse, mais les Pères de la Merci, qui s'étaient empressés de la retirer de la mer, ont tenu à la posséder eux-mêmes dans  leur chapelle de Port-Palma.

Je choisis mes neuvaines pour faire monter ma prière...


Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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Honorer et prier Ste Anne !