Un engagement et le sentiment d'être « encore utile »

Témoignage de Mme Soli

Tout d'abord, je voudrais vous remercier pour l'opportunité qui m'a été accordé de donner ici aujourd'hui mon témoignage en tant que personne âgée. Je remercie tout particulièrement le pape François, qui a souhaité dédier cette Journée Mondiale extraordinaire à toutes les personnes âgées, aux grands-pères et aux grands-mères, dans une époque marquée par la tragédie de la pandémie, qui a vu nombre d'entre nous succomber, souvent dans la solitude, sans le réconfort d'une étreinte, d'un dernier adieu ou du réconfort de la bénédiction d'un rite funéraire.

Aujourd'hui, alors que le mal semble reculer, nous ressentons nous aussi fortement la nécessité de donner notre contribution pour ne pas « gaspiller cette crise », afin d'orienter l'humanité vers un avenir meilleur, avec moins d'égoïsmes et de contradictions et plus de fraternité. Oui, le futur. Parce que les personnes âgées ne regardent pas seulement vers le passé. La fatigue ou la fragilité ne nous empêchent pas de rêver, pour nos petits-enfants, pour les générations à venir. Il n'y a jamais un moment où il faut jeter les rames du bateau ou ne penser qu'à soi. Chaque âge a besoin d'exprimer une vie pour les autres. Chaque âge a sa vocation. Et comme il est précieux que le pape François nous l'ait indiqué si clairement dans son message : « protéger ses racines, transmettre la foi aux jeunes et prendre soin des petits ». « Une vocation renouvelée pour vous aussi – a ajouté le Pape – à un moment crucial de l'histoire ».

« Cette invitation – je le dis avec conviction – exige un changement de notre part, nous les personnes âgées, qui croyons souvent, parfois avec obstination, que nous ne pouvons plus changer, que nous sommes maintenant ce que nous sommes, que nous ne sommes plus utiles à personne. Aider les personnes âgées seules, leur tenir compagnie, même seulement par un appel téléphonique, me donne le sentiment d'être encore très utile à mon âge. Au lieu de cela, nous nous laissons souvent aller à la mélancolie, au ressentiment, à la tristesse. Il y a quelque temps, le Pape lui-même nous a dit : « Je vous recommande de parler aux jeunes, mais pas pour les critiquer, non : pour les écouter, et ensuite semer quelque chose. Ce dialogue est l'avenir ! ».

Cela nous fait très mal, à nous les personnes âgées, de nous entendre dire que ce qui nous est donné – ressources, attention, soins – est retiré aux jeunes. Ce n'est pas le cas et cela ne peut pas l'être. Nos petits-enfants font partie de nous, ils sont notre prolongement dans l'avenir, ils sont la vie qui ne s'arrête pas, ils sont notre vraie et grande richesse. Quelle tristesse un monde qui sépare les générations et ne les laisse pas vivre ensemble ! Comme nous avons souffert de cela pendant la pandémie ! C'est aussi pour cette raison que nous n'aimons pas être confinés dans des hôpitaux, dans des maisons de repos, où les visites, quand elles sont autorisées, sont programmées ; où les relations affectives sont restreintes, où nous nous sentons exclus de la vie.

Nous voulons honorer notre âge en plantant avec toute l'énergie qui nous reste les trois piliers dont parle le pape François dans son message : rêves, mémoire, prière. Alors qu'autour de nous le monde semble se rétrécir, il est beau d'élargir le regard de notre cœur avec nos rêves, et de les transmettre à ceux qui viendront après nous, sachant que sans mémoire il n'y a pas d'avenir. La mémoire n'est pas une fin en soi, elle ne nous rend pas prisonniers du passé. Comme le dit le pape, c'est la fondation d'une maison en construction.

Et enfin, la prière. L'Écriture, dont le pape François recommande tant la lecture et la méditation, soutient notre foi, car le Seigneur « ne méprise pas la supplication de l'orphelin, ni la plainte répétée de la veuve. Celui dont le service est agréable à Dieu sera bien accueilli, sa supplication parviendra jusqu'au ciel ». En tant que personnes âgées, nous pouvons aussi apprendre à prier différemment. La prière pour nous, personnes âgées, peut être notre service aux autres. Non seulement pour ceux que je connais et qui me sont proches, mais aussi pour les malades, pour les prisonniers, pour les victimes de la misère et de la guerre. Avec la prière, on peut trouver la meilleure façon de voyager, d'atteindre de nombreux endroits dans le monde. Olivier Clément, un théologien que j'ai appris à connaître par la Communauté de Sant'Egidio, a écrit : « Une civilisation où l'on ne prie plus est une civilisation où la vieillesse n'a plus de sens. Et c'est terrifiant : nous avons d'abord besoin de personnes âgées qui prient, car la vieillesse est faite pour cela ». Notre prière, celle des personnes âgées, celle des grands-pères et des grands-mères, exprime un sentiment maternel envers les autres qui mènent une vie plus active que la nôtre. C'est comme si l'on disait : « Par la pensée, je suis avec toi. Je t'accompagne par mon souvenir et ma prière… ».

J'allume mes neuvaines à Ste Anne, grand-mère de Jésus 

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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Avec Ste Anne et St Joachim, prions pour les grands-parents