L'humilité comme chemin de salut

157606-l-humilite-comme-chemin-de-salut


"Dieu  n'a  pas  envoyé  son  Fils  pour  juger  le  monde,  mais  le  sauver"  (Jn  3,14-21). 

"C'est par grâce que nous sommes sauvés : cela ne vient pas de nous mais du don de Dieu" (Ep 2,4-10). 


Accueillir le salut en Jésus suppose d'avoir compris que nous ne pouvons pas nous sauver par nous-mêmes. 

En effet nous ne sommes pas les auteurs de notre vie mais nous la recevons de Dieu; 

il en est de même pour le salut. 

Il n'est pas à prendre mais à recevoir gratuitement. 

Le chemin du salut est donc une voie d'humilité où nous apprenons à marcher à la suite du Christ doux et humble de cœur

157607-l-humilite-comme-chemin-de-salut

Le piège de la fausse humilité 

C'est bien souvent la peur, la honte qui nous éloigne de l'amour de nos semblables comme du reste, de l'amour  de  Dieu.  

Thérèse  en  a  fait  l'expérience, jusqu'au  piège  d'arrêter  de  faire  oraison  en  raison  de ce qu'elle pensait être de l'humilité: 

« Je commençai,de passe-temps en passe temps, de vanité en vanité, d'occasion en occasion, à m'exposer à de si grands dangers, mon âme se laissa ravager par de telles vanités,que j'eus désormais honte de me rapprocher de Dieu dans l'étroite intimité de l'oraison; d'autant plus qu'à mesure que croissaient mes péchés, le goût des choses vertueuses vint à me manquer.

Je voyais très clairement, mon Seigneur, que cela me faisait défaut par ce que je vous faisais défaut, à Vous.

Le démon me tendit là ses plus dangereuses embûches, sous apparence d'humilité: voyant mon égarement, je me mis à craindre de faire oraison. » (V 7,1)

Thérèse éprouve un sentiment de culpabilité et de honte  en  expérimentant  son  indignité  en même temps que son impuissance à faire le bien. Elle s'en-ferme dans ce cercle dangereux qui consiste à se punir  soi-même  de  son  indignité.  L'un  des  ressorts  de  ce  mouvement  intérieur  est  de  croire  qu'en  se  punissant on va pouvoir faire son salut, en quelque sorte balayer sa propre faute et retrouver son innocence.  

En  se  détournant  de  Dieu  on  se  retourne  en réalité sur soi, comme si par-là on pouvait avoir accès  de  nouveau  à  sa  vie.  C'est  croire que  l'on  est à l'origine de sa propre existence. Il faut bien du temps  pour  s'arracher  à  soi-même  et  se  tourner  à  nouveau vers Dieu. Peut-être parfois, a-t-on besoin de «toucher le fond» pour comprendre que le salut ne se trouve point en soi, mais en Dieu ? 


Se laisser vaincre par l'amour

Il y a besoin que des fissures apparaissent dans notre  carapace  d'orgueil  pour  que  la  lumière  de  Dieu puisse s'y infiltrer. On  passe  alors  progressive-ment de ce cri prétentieux « moi tout seul »  à  cet  autre cri, 

« Seigneur, j'ai besoin de ton amour pour vivre. »

Thérèse le dit à sa façon en évoquant comment les sermons l'éclairèrent sur elle-même :

« D'une part les sermons m'apportaient un grand réconfort, d'autre part ils me tourmentaient; je comprenais alors que je n'étais pas celle que j'aurais dû être, sous beaucoup d'aspects.

Je suppliais le Seigneur de m'aider; mais à ce qu'il me semble maintenant, je devais avoir le tort de ne pas mettre toute ma confiance en Sa Majesté et de ne pas perdre  toute celle que j'avais en moi. 

Je cherchais un remède, je faisais des efforts;mais je ne comprenais pas que tout cela ne sert pas à grand-chose si,repoussante entièrement la confiance en nous-mêmes, nous ne la reportons pas sur Dieu.

Je désirais vivre, comprenant bien que je ne vivais point, mais que je luttais avec une ombre de mort; il n'y avait toutefois personne pour me donner la vie,et je ne pouvais la prendre moi-même. » (V 8,12)

C'est un  combat  entre  la  mort  et  la  vie  pour  Thérèse !  

Peut-être  cette  crispation,  ce  repli  sur  soi,  sont-ils   le   fruit   d'une   fausse   compréhension   de   l'humilité ? 

Face à ce cercle vicieux, il n'y a qu'un seul  remède:  

se  laisser  vaincre  par  l'amour.  

Les  apôtres se sont affrontés au même combat. Pierre ne refuse-t-il pas que Jésus, lui, le maître et Seigneur s'agenouille  devant  lui  pour  laver  ses  pieds ?  (Jn 13) 

C'est  par  humilité  qu'il  semble  refuser...  De  la  même façon que nous nous protégeons parfois de l'amour. 

Quelle erreur faisons-nous ainsi ! 

Il s'agit au contraire de faire confiance à l'Amour, de déposer les  armes  devant  Lui,  de  quitter  nos  habitudes  de  mort  pour  recevoir  la  Vie !  Ne  nous  appuyons  plus  sur nos suffisances, fions-nous en Dieu ! Devenir humble pour accueillir la vie

«  Gardez vous, mes filles, d'une certaine humilité faite d'une grande inquiétude de la gravité de nos péchés que suggère le démon; il trouve ici bien des façons d'oppresser les âmes, jusqu'à les éloigner de la communion et de la pratique personnelle de l'oraison; elles ne le méritent point, leur suggère le démon.

Elles en arrivent à se croire si abandonnées de Dieu, étant donné ce qu'elles sont, qu'elles doutent presque de sa miséricorde.(...).

Je connais cela pour y être passée. L'humilité n'inquiète pas,elle ne trouble pas,elle n'agite pas l'âme, si grande soit-elle,mais elle s'accompagne de paix,et d'une savoureuse tranquillité.

Au contraire,elle la dilate et la rend apte à servir Dieu davantage. » (C 39,1-2)

A travers le propos de Thérèse on comprend l'origine et  le  ressort  de  la  véritable  humilité.  Elle  n'est  pas  une vertu que l'on se donne, que l'on se construit, mais, comme l'amour, elle est le fruit d'une relation.

De  la  même  façon  que  devant  l'immensité  de  la  nature, à la mer, à la montagne on est progressivement saisi, pris de vertige. Puis peu à peu on commence à se quitter soi-même, à laisser les soucis s'en aller,  tellement  le  paysage  prend  toute  la  place.  

On perçoit alors très bien notre néant, sans en être pour autant écrasés, car en un même mouvement, l'âme s'ouvre à l'espace qui se profile et peu à peu l'accueille. 

Là est le paradoxe: on s'ouvre à son néant,  lorsque  nous  sommes  mis  devant  l'immensité. 

C'est  alors  la  grâce  qui  passe:  nous  nous  dilatons  à  la  mesure  de  ce  que  nous contemplons.  

C'est bien une grâce, le don de la Création à notre âme. 

Il en est ainsi de notre relation à Dieu lorsque nous quittons tous les bruits de notre amour propre.

«  Quand l'Esprit de Dieu agite en nous, nul besoin n'est de chercher le fond des choses pour en tirer humilité et confusion; l'humilité que le Seigneur lui-même nous inspire est bien différente de celle que pourraient nous valoir nos pauvres petites considérations:

 « Carême 2015 avec Sainte Thérèse d'Avila » 

© Copyright 2015, carmes-paris.org. Tous droits réservés.2«[...]

157608-l-humilite-comme-chemin-de-salut


Témoignage : 

« La Colonne Vertébrale de ma Vie»

« J'ai  commencé  et  avancé  dans  la  vie  d'oraison  d'abord  grâce  à  sainte Thérèse d'Avila, dont le message   martelé   en   tant   de   pages   «  marcher, marcher toujours sans se lasser, sans reprendre son don, persévérer à tout prix  » a  été  le  meilleur des stimulants pour me garder fidèle autant que je le pouvais aux temps de l'oraison. 

Aujourd'hui je peux dire en vérité que l'oraison a été la colonne vertébrale de ma vie en toutes ses dimensions, articulée avec la Parole de Dieu et la vie sacramentelle,  dans  le  bain  du  si-lence que je goûte dès longtemps.

L'oraison   m'a   permis   le   contact   intime  avec  Dieu  au-delà  de  ma  quête intellectuelle dont mon intelligence  avait  besoin,  elle  a  rendu  vivantes  les  grandes  vérités  de  la  foi. Mieux encore: l'oraison a été le  moyen  privilégié  par  lequel  le  Seigneur  s'est  rendu  familier,  a  pris  possession  de  ma  vie  pour  la  guider, l'illuminer, la pacifier. 

Si l'oraison  est  pour  moi  le  chemin  de  ma  recherche  ininterrompue  du  mystère  de  

Dieu Père-Fils-et  Esprit,  elle  me permet de voir combien sans la grâce  du Seigneur,  les  tentations,  les péchés et mes chutes me fermeraient la porte du Royaume. 

Assoiffée  de  Dieu,  je  l'ai  cherché  en   combattant   parfois   durement   pour rester fidèle à ces temps précieux qui construisent notre relation avec  Lui.  Et  ce,  alors  même  qu'on  est affronté  au  vide,  à  l'aridité,  à  l'ennui  parfois,  à  la  tiédeur  bien  souvent. 

Je crois qu'aux débuts de ma  vie  d'oraison  avec  le  Seigneur,  pendant  un  certain  nombre d'années, ce qui m'aura été le plus coûteux fut de choisir à quoi donner le temps disponible que j'avais. Celui-ci était forcément limité par ma vie familiale,  ma  vie  sociale  mais  aussi  des épreuves de santé récurrentes. J'ai  donc  décidé  de  sacrifier  des temps de lecture de livres profanes. Aujourd'hui  je  ne  regrette  absolument pas ce choix même s'il m'a beaucoup coûté.» 

fr. Yannick Bonhomme (Lille) 

Les carmes de Paris


"Petits-enfants, n'aimons pas en paroles mais en actes et en vérité... Devant Lui, nous apaiserons notre cœur si notre cœur venait à nous condamner, car Dieu est plus grand que notre cœur."

1 Jean 3,18-19

 

157610-l-humilite-comme-chemin-de-salut








Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

2 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

loader

NE LAISSONS PAS GAGNER LE DESESPOIR !