Quelques faveurs parmi les plus célèbres ( 43 )

  Les blessés sont guéris. 

Parmi les innombrables objets que la reconnaissance populaire avait suspendus autour de la statue de sainte Anne, aucun sans doute n'attirait autant les regards qu'une tête en cire de grandeur naturelle traversée dans toute sa longueur par une dent de fourche, dont la pointe effilée ressortait d'un demi-pied au-dessus du crâne.

            Cet ex-voto, d'un réalisme saisissant, rappelait une histoire vraiment extraordinaire ; et à trois siècles d'intervalle, les circonstances du miracle, qu'une enquête Juridique consigna avec le plus grand soin, nous paraissent encore émouvantes.

            Louise Le Logeou habitait avec son père et sa mère au village de Stapen en Priziac. Un jour en compagnie de son frère et d'une servante, elle était allée ramasser de la litière dans un champ assez éloigné de la ferme. Bien qu'elle n'eût que seize ans, elle était plus âgée que ses compagnons, plus vigoureuse aussi ; et elle avait pris pour elle la besogne la plus fatigante, montant dans la charrette et entassant avec ses sabots et sa fourche la litière que les deux autres lui jetaient.

            Quand le tas lui parut assez haut, elle se disposa à descendre ; et, pour mettre plus facilement pied à terre, elle voulut s'aider de l'instrument qui lui avait servi pour son travail. Elle retourne donc la fourche, fixe au sol l'extrémité du manche, saisit l'autre bout à la naissance des branches, et, à l'aide de cet appui, elle s'apprête à sauter à terre, lorsque tout à coup ses pieds glissent au bord de la charrette et la figure vient donner en plein sur la pointe aiguë de la fourche. Ses compagnons accourent, et à la vue du spectacle qu'ils ont sous les yeux, ils ne peuvent retenir des cris désespérés. Une des dents de la fourche était entrée presque tout entière par la bouche, avait traversé de part en part, et émergeait jusqu'à l'os coronal, qu'elle dépassait d'un demi-pied. Cependant ils s'empressent autour de la malheureuse jeune fille. Mais comment la secourir ? Que faire ? Avant tout, la débarrasser de cette fourche qui la tue, tirer le fer de la tête. Ils s'y mettent à plusieurs reprises. Mais soit impuissance, soit inhabilité, ou peut-être aussi paralysés par l'effroi, ils n'y peuvent réussir ; le fer résiste à tous leurs efforts.

            Alors la même pensée leur vient : aller chercher du secours.

            Le village le plus rapproché était à un bon quart de lieue ; et le temps dut paraître bien long à la pauvre enfant ; laissée seule au milieu du champ ; étendue tout de son long et condamnée à une complète immobilité.

            Enfin il arriva du monde, le père et la mère ; puis deux prêtres qu'on avait prévenus, car il y  avait danger grave, et plusieurs  autres personnes encore.

            On ne perdit pas de temps à se consulter. Arracher le fer de la plaie, c'était risquer d'achever la blessée ; mais l'y laisser, c'était la condamner à une mort certaine. Il n'y avait pas d'hésitation possible. On se mit aussitôt à l'œuvre.

            Trois personnes prenaient la tête de la patiente et la maintenait immobile : trois autres s'emparaient de la fourche, s'efforçant de la tirer à eux, d'abord tout doucement, puis un peu plus fort, puis enfin de toutes leurs forces. Ce fut en vain. Loin de  porter secours à la jeune fille, on ne réussissait qu'à la martyriser.

            Un des prêtres proposa alors de faire un vœu à sainte Anne ; aussitôt tout le monde se mit à genoux ; le père et la mère promirent, si sainte Anne leur venait en aide, de faire un pèlerinage avec leur fille, dès qu'elle serait guérie.

            Le vœu émis, on se leva, et à peine eut-on mis de nouveau la main sur la fourche, qu'elle céda sans difficulté.

            La malheureuse victime n'était pas sauvée pour cela ; mais la première intervention de sainte Anne n'autorisait-elle pas à croire que la Sainte ne laisserait pas son œuvre inachevée ?

            Lorsque la blessée eut été transportée chez ses parents, on fit venir le médecin. Celui-ci se rendit compte de la gravité du cas, et il n'en fit pas mystère : « Pour guérir votre enfant, dit-il au père et à la mère, il faudrait un miracle ; la blessure est mortelle : voyez cette moëlle sortie de la tête et qui a la grosseur d'une noix ; voyez tout le côté droit de la figure enflammée ; la fièvre est très forte ; il y a déjà du délire. Faites-la se confesser le plus tôt possible. C'est d'un prêtre qu'elle a besoin ; le médecin n'a rien à faire ici. »

            Et comme les parents lui demandaient de faire une ordonnance. « Les remèdes que j'appliquerais, dit-il, et rien, ce serait absolument la même chose. »

             Et comme ils insistaient toujours, il finit par se rendre à leur prière tout en leur disant: « Autant vaudrait lui coller du papier sur le crâne. »

            Les parents observèrent ses prescriptions. Et quel ne fut pas l'étonnement du chirurgien lorsque six semaines après, il trouva la malade en voie de guérison.

            Lorsqu'elle fut complètement remise, elle vint porter elle-même à sainte Anne le fer qui avait failli lui donner la mort. Et pendant de longues années les pèlerins purent admirer parmi les ex-voto le mémorial de ce miracle.

            Une enquête juridique fut faite au sujet de cette guérison miraculeuse avec le rapport du chirurgien qui concluait au miracle.

A suivre :

  Les pains se multiplient...

Une demande ou un merci : je choisis mes neuvaines


153370-quelques-faveurs-parmi-les-plus-celebres-42

153369-quelques-faveurs-parmi-les-plus-celebres-42


Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

9 commentaires

Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

loader

Honorer et prier Ste Anne !