" De l'Ascension à la Pentecôte "

Psaume 103 (104) - L'Esprit dans la Création

Le psaume 103 (104) met devant nos yeux le vaste panorama de la création de Dieu. D'une manière peut-être moins solennelle que le premier chapitre de la Genèse, d'une manière plus proche de ce que nous pouvons contempler du monde, il fait défiler devant nos yeux les multiples composantes du vaste univers issu de la générosité divine. L'Esprit viendra vers la fin, qui mentionne le « souffle » de Dieu. Mais il est déjà présent au commencement, si l'on se rappelle que, selon le début du récit de la Genèse, il « planait sur les eaux ». Il indiquait déjà une certaine présence divine qui affleure à la surface du créé. Par son Esprit, par son Souffle, le Créateur se fait infiniment proche de ses créatures. Il y a comme une continuité entre le souffle ténu de l'Esprit, les eaux qui sont à l'origine de la vie, la terre qui la fera éclore, puis l'ensemble des créatures qui la peuplent, dont la créature humaine, tardivement apparue. On sait que ce que nous traduisons par « esprit » peut aussi bien se traduire par « souffle » ou « vent ». En hébreu comme en grec, les mots sont identiques. Le souffle évoque la respiration qui soutient la vie. Il évoque aussi la parole, portée par le souffle, cette parole qui est, comme la Genèse nous le rappelle, créatrice. C'est la parole qui se tient à l'origine de tout, cette parole inspirée qui est une parole qui donne la vie, comme nous le disons dans le Credo lorsque nous confessons l'Esprit Saint « qui est Seigneur et qui donne la vie ». La Pentecôte s'inscrit dans le sillage de Pâques. Reprenons le fil du psaume. Les cieux sont déployés, puis la terre est affermie de sorte qu'elle reste « inébranlable au cours des temps ». La terre représente la fermeté, ce sur quoi on peut s'appuyer. En apparence nous sommes aux antipodes de la légèreté et du mouvement de l'esprit. Mais cette terre est déjà grosse de la vie. Elle n'est pas désertique. Ou plutôt : elle le deviendrait si l'esprit la quittait. Les eaux ne sont plus menaçantes comme elles l'étaient au moment du déluge. Elles deviennent des sources pour abreuver les « bêtes des champs ». Abreuvée par cette eau, la terre se garnit de prairies, de forêts et de champs où l'homme travaille et d'où il tire son pain et son vin. La nature a un rythme ordonné, scandé par l'alternance des jours et des nuits. Cet univers est marqué de « profusion ». On peut s'arrêter pour contempler l'infinie diversité des êtres qui le peuplent. Cette diversité, comme nous le rappelle le pape François dans son encyclique Laudato si, est un signe de l'abondance des dons de Dieu. Voilà bien une marque de la présence de l'Esprit, source inépuisable de bénédiction, comme le rappelle le début du psaume. La création ne manque de rien. Si nous y voyons du manque, si nous constatons un déficit, c'est que notre regard sur elle n'est pas encore bien ajusté. Ou c'est peut-être aussi parce que notre action prédatrice a eu pour effet d'en appauvrir la richesse. La sensibilité écologique actuelle nous rend attentifs à la beauté de la nature, à la diversité de ses composantes, mais aussi aux menaces qui pèsent sur elle. Nous sommes invités à y voir l'Esprit à l'œuvre. Il travaille en elle. Il « renouvelle la face de la terre ». Il soutient la profusion inventive que le Créateur y a déposée. À l'encontre de la représentation que nous avons peut-être en tête, celle d'une grande machine, le monde serait plutôt comme un grand organisme vivant, animé par une présence qui est celle de l'Esprit divin. L'Esprit est la présence immanente du Créateur au sein de sa création. Il atteste qu'aucune créature n'est sans valeur devant Dieu. Elles sont toutes, chacune à sa façon, porteuses de l'Esprit divin. Le renouveau que procure l'Esprit est aussi une force de pardon, car l'harmonie de l'ensemble n'empêche pas la présence du mal qui est division, violence et mort. L'Esprit apparaît alors à l'inverse comme celui qui rassemble, qui met de l'unité, qui conduit vers l'unité. Si le mal sépare, divise, le bon esprit réunit. À la Pentecôte, nous le verrons rassembler les apôtres, et ce rassemblement s'élargira au-delà de leur groupe, vers l'humanité tout entière et même, comme le psaume nous le rappelle, vers l'ensemble des créatures. C'est toute la création qui est entraînée dans le souffle de l'Esprit. 

Père François Euvé sj


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Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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