Les miracles de Sainte Anne d'Auray ( 30 )

Les miracles de Sainte Anne d'Auray ( 30 )

Il y a plus d'une manière de se méprendre sur le caractère des miracles dans les Pèlerinages.

Les uns en travestissent la nature : à leurs yeux, Lourdes et Sainte-Anne d'Auray ne sont que des officines de guérisons naturelles, en concurrence avec les stations thermales. - Nous n'essaierons pas de leur répondre, « on ne discute pas avec des gens qui rejettent la possibilité des miracles. »

D'autres, des catholiques ceux-ci, en rapetissent le rôle, en s'imaginant que Dieu accorde des miracles uniquement pour venir en aide à des souffrances et à des infortunes qu'il prend en pitié. Cette manière de concevoir les interventions divines, si on la poussait à ses dernières conséquences, aboutirait elle-même à ne voir dans nos Pèlerinages que des officines surnaturelles de guérison. - C'est l'opinion que nous avons à redresser.

Sans doute on a raison de considérer le miracle comme un bienfait personnel pour celui qui en est l'objet. Mais, croire que le miracle s'arrête toujours à celui qui en bénéficie immédiatement, c'est évidemment se tromper. Dans le plan divin, le miracle va ordinairement plus loin. S'il présente toujours l'aspect d'une faveur particulière, il a en même temps un caractère d'utilité générale : il est le signe sensible d'une intervention divine qui vient attester la sainteté d'un lieu, d'une doctrine, d'un homme.

A Keranna, ce qu'il y avait à prouver, ce n'était ni la vérité d'une doctrine comme dans l'Evangile, ni la vertu d'un homme comme dans un procès de canonisation, - mais le choix providentiel de ce village.

Sainte Anne avait dit à Nicolazic : « Dieu veut que je sois honorée en cet endroit. » Et elle l'e chargea de transmettre ce message aux représentants de l'Eglise. En présence des difficultés que rencontrait sa mission, le Voyant sentit bien vite qu'il était nécessaire que le ciel lui-même intervînt pour confirmer son propre témoignage. Et c'est pourquoi, dès 1625, il réclamait instamment que l'on vînt à son aide : « Faites donc quelque miracle, ma bonne maîtresse », disait-il. Et nous savons que sa « bonne maîtresse » lui répondit « qu'il pouvait compter sur Dieu et sur elle, car il en verrait bientôt en abondance ». Ce dialogue nous suggère bien, dans sa simplicité, la véritable fonction du miracle dans l'histoire du Pèlerinage ; ni la demande de Nicolazic ni la réponse de sainte Anne ne font la moindre allusion à des misères individuelles à soulager ; il s'agit uniquement pour eux de faire authentiquer par des miracles l'origine surnaturelle de la Dévotion.


Il y eut donc des miracles à Keranna ; et, suivant la promesse de sainte Anne, il y en eut en très grand nombre.

1. __ On avait recours à elle dans toutes les classes de la société indistinctement : quiconque était dans la souffrance ou dans la peine tournait d'instinct les yeux vers elle.

A la différence de certains cultes locaux, où la croyance populaire attribue à chaque saint vénéré dans le pays une sorte de spécialité pour tel ou tel secours, sainte Anne était invoquée comme la bienfaitrice universelle à qui toutes les détresses pouvaient recourir. A voir toutes les souffrances qui de tous les points de la province s'adressent à sainte Anne, on croirait voir apparaître une immense « Cour des miracles », où se seraient donné rendez-vous toutes les formes de la misère humaine ; et, d'autre part, à écouter les cris de la reconnaissance qui s'élèvent de partout, il semble qu'on assiste à une scène évangélique : les aveugles voient, les muets parlent, les sourds entendent, les paralytiques marchent, les malades guérissent, les incendies s'arrêtent, les démons fuient, les tempêtes s'apaisent, les captifs voient tomber leurs chaînes, l'innocence est justifiée, des enfants viennent égayer les foyers solitaires, les pains se multiplient, les morts ressuscitent. (Voir « Sainte Anne et les gens de mer »,- «Sainte Anne et les enfants », Les 1300 faveurs, figurant aux procès-verbaux du XVIIème siècle, ne rentrent pas tous dans cette énumération. Mais les cas que nous signalons sont les plus remarquables et les plus fréquents. )

Et l'on comprend que le Père Mathias, devant ce spectacle émouvant exprime son enthousiasme en écrivant que le sanctuaire de Sainte-Anne d'Auray « est la plus miraculeuse chapelle possible de l'Europe ». D'après Tritbème, il arrive parfois que « sainte Anne obtient pour ses fidèles ce que la sainte Vierge elle-même n'a pas accordé, » De même que Notre-Seigneur laisse à sa mère la joie de répandre certaines grâces, de même la sainte Vierge s'efface aussi devant sa propre mère, pour nous donner une occasion de recourir à elle, et de constater que « tous les trésors du ciel sont en ses mains. » Et du reste ni Marie ni Jésus n'ont rien à refuser à sainte Anne )

Ce n'est pas seulement dans le voisinage et le pays d'Auray qu'on invoque sainte Anne ; on vient à elle de tous les diocèses à la ronde. Et, en quelque région lointaine qu'ils aient été jetés au hasard de leurs voyages, c'est d'elle que les Bretons se souviennent toujours.


En 1924 : J. Buléon et E Le Garrec ont fait le relevé des miracles reportés ici d'après les départements actuels :

L'ILLE-ET-VILAINE en compte       298

LES CÔTES D'ARMOR                      270

LE MORBIHAN                                  259

LE FINISTÈRE                                     164

LA LOIRE ATLANTIQUE                   93

LA MANCHE                                      33

LA VENDÉE                                        20

LE MAINE-ET-LOIRE                         8

LA CHARENTE-MARITIME              6


A suivre :   10 avril


Une demande ou un merci : je choisi mes neuvaines


Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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