Quel triomphe…si une église s'élevait à Paris... pour le culte du Sacré-Cœur

Quel triomphe…si une église s'élevait à Paris... pour le culte du Sacré-Cœur

        Le titre est un extrait des encouragements de Mgr Guibert, évêque de Paris, quand il eut une connaissance plus précise de ce projet. (Quel triomphe sur l'impiété, l'indifférence et les mesquins préjugés, si une magnifique église s'élevait à Paris pour affirmer et propager le culte du Sacré Cœur !) 

            Notre publication précédente évoquait la prise de décision de contribuer à l'érection à Paris d'un sanctuaire dédié au Sacré-Cœur. Nous développerons ce jour le cheminement de ce projet dont certains protagonistes ont été représentés sur l'image ci-dessus, élément de la mosaïque décorant le dôme surplombant de Chœur de la basilique. On retrouve un des zouaves qui porte la bannière du Sacré-Cœur à Loigny, le général de Sonis, le député de Belfort, Emile Keller, (tenant le texte du vote du 24 Juillet 1873 de l'Assemblée nationale)

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        I  La genèse du projet  ( 650 mots) 

            L'idée était dans l'air. Dans différentes villes de France, les promesses de construction d'églises, de chapelles ou de statues s'étaient multipliées. L'idée d'un vœu d'une église à Marie Immaculée ou à Notre-Dame de la Délivrance s'était répandue dans la capitale. Par ailleurs, le texte et les demandes du cœur de Jésus à Louis XIV (en 1689, par l'intermédiaire de Sainte Marguerite-Marie), a été particulièrement répandu en France après la béatification de la Sainte (en 1865). Les quatre lettres ou Marguerite-Marie rapporte ses demandes ont été rendue publique en 1867. Dès octobre 1870, ces demandes sont à nouveau très largement répandues. Après la décision du 2 décembre 1870, un texte fut rédigé. Mgr Pie, évêque de Poitiers, encouragea verbalement le projet mais laissa à l'évêque du lieu (Paris), le soin de se prononcer. Par un concourt de circonstance, ce texte fut présenté très peu de temps après au pape Pie IX par le père Alexandre Jandel, maître général de l'ordre des dominicains. Le 26 février 1871, le pape lui dit en accordant sa bénédiction à ce projet : ‘'Comptez sur moi, inscrivez moi parmi ceux qui répondent à votre appel, et tâcher que les adhésions se chiffrent par millions, pour devenir vraiment une protestation nationale.''

         Ce premier texte fut remanié plusieurs fois et deviendra le texte du ‘'Vœu national''. Fin juillet 1871, une évolution importante fut proposée par Mr Rohault de Fleury à Mgr Guibert évêque de Paris depuis seulement quelques jours. ‘'Au lieu de promettre que nous le réaliserons quand nous serons exaucés, promettons de le réaliser pour être exaucés.'' Ce dernier répondit : « Courage et grande confiance pour votre œuvre en l'honneur du Sacré-Cœur ; plus j'y réfléchis, plus je suis convaincu que cette idée, vraiment surnaturelle, est une inspiration du ciel. Quel triomphe sur l'impiété, l'indifférence et les mesquins préjugés, si une magnifique église s'élevait à Paris pour affirmer et propager le culte du Sacré Cœur ! La dévotion à Notre-Dame des Victoires a produit des merveilles de conversion ; que ne ferait pas la dévotion au Cœur divin du Maître, avec une confrérie nombreuse, fervente et agissante ! »  La confrérie dont parlait Mgr Guibert était celle qui donnera naissance au ‘'Comité pour l'Œuvre du Vœu national.'' Le 18 janvier 1872, Mgr Guibert adressera à ce Comité une lettre de laquelle nous extrayons les passages suivants.

            Vous désirez qu'un temple, dédié au sacré Cœur de Jésus, s'élève dans Paris, qui n'en possède aucun sous ce titre ; ce temple, dans votre pensée, doit être un monument d'expiation, et la France entière sera appelée à contribuer à cette Œuvre par les dons des fidèles.

            En même temps, ce sanctuaire du Sacré-Cœur deviendrait devant Dieu, l'expression d'une supplication générale pour que les jours de nos épreuves soient abrégés et adoucis, et que du Cœur si aimant de l'adorable Rédempteur des hommes sorte notre régénération spirituelle et temporelle. Rien n'est plus chrétien ni plus patriotique qu'un tel vœu.

            Je m'entendrai avec vous, Messieurs, pour choisir l'emplacement où pourra se faire avec le plus d'utilité cette construction, lorsqu'on aura recueilli des fonds suffisants pour la commencer avec l'espoir de la terminer. J'espère que tous les bons chrétiens accueilleront avec faveur et soutiendront de leur générosité un projet déjà béni par le Souverain Pontife, et qui intéresse le pays entier.

            C'est DE LA FRANCE  que le mal qui nous travaille s'est REPANDU dans toute l'Europe ; c'est aussi de la France, où a pris naissance la dévotion au Sacré-Cœur, que partiront les prières qui doivent nous relever et nous sauver.

            Le sanctuaire dont il s'agit sera un lieu de pieux pèlerinage, fréquenté par un nombreux concours d'adorateurs, et deviendra, dans l'enceinte de la capitale, une sorte de paratonnerre sacré, qui la préservera des coups de la justice divine. En s'élevant comme un acte public de contrition et de REPARATION pour tant de péchés commis contre Dieu, ce temple sera parmi nous une protestation contre d'autres monuments et œuvres d'art érigées pour la glorification du vice et de l'impiété.

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       II    Les préparatifs ( 600 mots) 

            L'archevêque cherchait un emplacement pour le monument. En gravissant la colline et en découvrant la vue sur Paris qui se dégageait du brouillard ‘' C'est ici, s'écria-t-il, c'est ici que sont les martyrs, c'est ici que le Sacré-Cœur doit régner, afin d'attirer tout à Lui : Cum exaltatus fuero, omnia traham ad meipsum : et moi, élevé de terre, j'attirerai tous les hommes à moi". (Jean 12,32) »

            Mgr Guibert chargea le père Monsabré, dominicain,  de demander le concours de tous les français pour bâtir cet édifice. Il le fit le 14 avril 1872 depuis la chaire de Notre-Dame de Paris.  Son homélie sera le développement du texte gravées au frontispice de la basilique : Christo ejusque sacratissimo Cordi Gallia pœnitens et devota : c'est-à-dire : Au Christ et à son Sacré-Cœur, la France pénitente et consacrée.

            Le 5 mars 1873, Mgr Guibert adresse une demande officielle à M. Jules Simon, Ministre de l'Instruction Publique et des Cultes, en vue d'obtenir que soit déclarée d'utilité publique la construction d'une église à Montmartre, ‘'La loi que je sollicite, aurait un double avantage : 1° D'approuver la proposition faite par l'archevêque de Paris, d'ériger sur la colline de Montmartre, en un point à déterminer après enquête, un temple destiné à appeler sur la France la protection et la bonté divine ; 2° D'autoriser l'archevêque à acquérir, tant en son nom qu'au nom de ses successeurs, les terrains nécessaires.''

            Le 11 juillet 1873, Emile Keller, député de Belfort, rapporteur de la Commission nommée à cet effet, présente le projet de construction du sanctuaire de Montmartre. Dans son exposé, il fait valoir le sens élevé de l'Œuvre entreprise. 

            ‘'L'Assemblée ne saurait rester indifférente à ce mouvement qu'elle n'a point provoqué, mais qu'elle est obligée de constater. Préoccupée de rendre à la France le rang qui lui appartient, désireuse de relever nos mœurs, nos caractères, nos institutions, notre armée, elle ne peut que saluer avec bonheur le réveil de cette activité religieuse qui, pour un peuple, est le PREMIER  élément de force, de grandeur et d'indépendance.'' 

            Le 24 juillet, après des débats houleux et des explications tendant à dépolitiser le projet, et écarter toute idée de subvention de l'Etat, l'Assemblée Nationale proclame d'utilité publique la construction de l'église sur la butte Montmartre, en réparation pour toutes les fautes nationales : "Gallia poenitens et devota". Le texte est voté par 382 voix contre 138, et 160 abstentions, et paru le 31 au Journal Officiel.. ,

« Article premier. - Est déclarée d'utilité publique la construction d'une église sur la colline de Montmartre, conformément à la demande qui en a été faite par l'archevêque de Paris dans sa lettre du 5 mars 1873 adressée au Ministre des Cultes. Cette église, qui sera construite exclusivement avec des fonds provenant de souscriptions, sera à perpétuité affectée à l'exercice public du culte catholique.

            Le 31 juillet 1873, le pape Pie IX adressa un bref d'approbation à l'archevêque de Paris, avec une offrande de 20.000 francs. A la fin de 1873, les souscriptions atteignaient 1 million. L'architecte prévoyait une dépense de 7 millions de francs. La dépense totale dépassa 40 millions de francs. Elle fut couverte par les souscriptions des fidèles, inscrites dans le ‘'Bulletin du Vœu national''. Les contributions prirent toutes les formes. Il y en eut un grand nombre d'extrêmement modestes. Si tel diocèse, telle communauté, telle association professionnelle souscrivait pour toute une chapelle ou un autel dans la future basilique, d'autres se contentaient d'un pilier ou d'une simple pierre. Une pierre valait 300 ou 120 francs et, pour les plus humbles donateurs, on avait établi des carnets de 300 et 120 francs, divisés en tickets de 0,10 F. Le zèle des fidèles non seulement a toujours répondu aux demandes, mais, le plus souvent, les a devancées.

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    III     La construction  (350 mots) 

            La première pierre est posée le 16 juin 1875, la dernière le 2 août 1914. En attendant que la future basilique puisse abriter les cérémonies et pour satisfaire au désir de Pie IX, une chapelle provisoire fut établie et bénie le 3 mars 1876; elle était desservie par les missionnaires Oblats de Marie-Immaculée. La Providence organisait les choses pour manifester le plus tôt possible dans ce sanctuaire, l'union des saints Cœurs de Jésus et Marie de la médaille miraculeuse de la rue du bac. Sur internet vous trouverez beaucoup de détails sur cette réalisation. 

            La première messe fut célébrée le 21 avril 1881 dans la chapelle Saint Martin. D'autres chapelles furent ouvertes peu à peu et c'est dans la crypte, dans la chapelle Saint Pierre qu'a eu lieu le 6 novembre 1887 la messe d'un pèlerinage particulier. Celui des diocèses de Coutances et Bayeux organisé pour le jubilé sacerdotal du pape Léon XIII. Parmi les pèlerins, 2 futurs saints : Mr Louis Martin et ses filles Céline et Thérèse. Cette dernière avait un but secret : demander au pape la permission d'entrer au carmel à 15 ans. Elle mentionna dans ses écrits cette visite au Sacré-Cœur ou elle se consacra au Cœur du Christ. Dès son retour à Lisieux, elle envoya son bracelet en or pour qu'il serve à la confection du grand ostensoir des fêtes. Belle manifestation de son désir de veiller jours et nuit près de Jésus-Hostie. Elle écrira plus tard : « Ah ! Quel voyage que celui-là !… Lui seul m'a plus instruite que de longues années d'études, il m'a montré la vanité de tout ce qui passe et que tout est affliction d'esprit sous le soleil… Cependant j'ai vu de bien belles choses, j'ai contemplé toutes les merveilles de l'art et de la religion, surtout j'ai foulé la même terre que les Saints Apôtres, la terre arrosée du sang des Martyrs et mon âme s'est agrandie au contact des choses saintes ». Oui, gardons cette dernière remarque lors de nos pèlerinages : ‘' Mon âme s'est agrandie au contact des choses saintes ‘'.

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 IV    La consécration de la basilique   (500  mots) 

 

La consécration d'une église est une prise de possession par Dieu du bâtiment

          Voici avec un document d'époque, complété par des extraits du récit d'une consécration récente sous la forme extraordinaire du rite romain, comment s'est déroulée cette cérémonie.

            Dès 7h30, le cardinal Amette, archevêque de Paris, procède à la purification extérieure et intérieure de l'église, pavoisée aux couleurs nationales avec l'eau grégorienne (Composition définie par le pape saint Grégoire au VIème siècle). S'ensuit le rite antique de prise de possession de l'église.   Après la récitation des litanies des saints, dans l'immense nef vide, sur une croix de Saint-André tracée à la cendre symbolisant le Christ, Monseigneur Amette inscrit les lettres des alphabets grec et latin. Ensuite a lieu la lustration de l'autel avec l'eau grégorienne. Vers 10 heures, une fois les chaises placées, les portes s'ouvrent aux fidèles. Portées en procession sous des dais dans leurs châsses, les reliques sont suivies par le cortège grave et fastueux des princes de l'Eglise. Le cardinal consacre le maître-autel en y installant d'abord les reliques de Saint-Denis et de ses compagnons, d'autres saints martyrs et de la bienheureuse Marguerite-Marie. Les dix-neuf autres autels sont consacrés simultanément par dix-neuf prélats. La consécration de l'autel est importante, car c'est le lieu du Sacrifice. Les reliques sont scellées avec du ciment réalisé avec l'eau grégorienne. Auparavant, l'évêque avait fait une onction avec le Saint Chrême sur chacune des douze croix qui ornent les murs de l'édifice et les deux croix sculptées dans les montants de la porte d'entrée. Chaque croix de consécration reçoit son onction puis est encensée par l'évêque, et un cierge allumé est fixé par le diacre. C'est ensuite au tour de l'autel de recevoir les onctions avec le Saint Chrême, sur les cinq croix gravées sur la table d'autel puis sur les supports de celle-ci. Des croix de cire et de l'encens sont ensuite déposées sur les onctions et l'autel s'embrase pendant que le pontife invoque le Saint-Esprit avec la prière ‘' Veni Sancte Spiritus'' !

            La basilique est maintenant consacrée, réservée au culte du seul vrai Dieu, et lieu de grâce « pour qu'en tout temps, lorsque votre famille viendra vous supplier en ce lieu, vous daigniez soulager ses angoisses, guérir ses maladies, exaucer ses prières, accueillir ses vœux, combler ses besoins, accéder à ses demandes », dit le Pontifical romain.

            La messe pontificale dite par le Cardinal Vico, légat du Saint-Siège, se déroule en présence de cent dix cardinaux, évêques et archevêques français et étrangers et de plus de mille membres du clergé, du Sénat, de la Chambre des députés, du Conseil de Paris, d'amiraux, de généraux, d'officiers, de notabilités et d'innombrables fidèles. Sitôt l'église élevées au rang de basilique, « d'un coup dix mille voix chantèrent le magnificat qui monta sous la haute coupole au moment même où le soleil chaud crevant de lourds nuages dardait de chauds rayons à travers les vitraux » (Le Journal, 17 octobre 1919). 

         Lancée à la volée, La Savoyarde, plus grosse cloche de France, retentit. Les solennités se poursuivent jusqu'au dimanche, à la lueur de milliers de cierges et lampes votives.


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            Litanie du Sacré-Cœur : Suite


Cœur de Jésus, demeure du Très-Haut, ayez pitié de nous.

Cœur de Jésus, maison de Dieu, et porte du ciel, ayez pitié de nous.

Cœur de Jésus, brasier brûlant de charité, ayez pitié de nous.

Cœur de Jésus, justice et de l'amour, ayez pitié de nous.

 Cœur de Jésus, plein d'amour et de bonté, ayez pitié de nous.

Je prends un instant pour méditer toutes ces choses dans mon cœur (cf Luc 2,19)

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Que vos paroles soient toujours bienveillantes, qu’elles ne manquent pas de sel, vous saurez ainsi répondre à chacun comme il faut. Col 4 : 6

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